DRAG ME OUT!

Les dragsters sont-ils des hot rods et les hot rods sont-ils des dragsters ? Qui de la poule ou de l’œuf ? Si l’on fixe la naissance du hot rod aux années 1930, on tient un brin de réponse. Élaborés sur la base d’autos existantes, si possible des Ford A et T, les hot rods -bielles chaudes en français tarte-, tiennent la corde de l’antériorité, d’autant que le principe de gonfler au V8 le moteur d’une bagnole de série rangée des voitures et d’en customiser la carrosserie jusqu’au délire en flammes a évolué au fil des décennies et que ce n’est pas la matière première qui manque.

Apparus dans les années 1950, les dragsters sont une de F1 hybridée à la sauce Satanas & Diabolo, de quadricycles surdopés, d’élastiques rigidifiés carburant à la nitroglycérine, de caisses-à-savon supersoniques et de monoplaces greffés sur un moteur d’avion. Véhicule de toutes les folies, le dragster n’est donc pas un hot-rod même si tout ce qui tourne autour s’y apparente, notamment la Kustom Kulture. Cette année 2021, la puissante National Hot Rod Association (NHRA) célèbre son 70ème anniversaire. Fondée à Pomona, en Californie, en 1951 par Wally Parks, éditeur du magazine Hot Rod, la NHRA est simplement la plus grosse fédération de sports mécaniques du monde, avec plus de 40.000 pilotes licenciés et plus de 80.000 membres. L’année de sa formation, déjà 25.000 fanas s’étaient ralliés à son panache. Six ans plus tard, ils étaient plus de 57.000 ! Entre temps, en 1953, Parks avait organisé la première course officielle sur un parking de Pomona. Depuis, les courses et championnats se déroulent sur tout le territoire nord-américain, Canada inclus. Effet Kiss-Kool #1: dès la fin des années 1980, s’est imposé le phénomène de la Hot Rod Nostalgia concernant et les voitures et engins conçus dans les années 1950 et 1970 (et encore en « activité ») et les rods conçus récemment sur des modèles de cette période. Effet Kiss-Kool #2 : ouvert depuis 1998, le NHRA Museum basé à Pomona organise ses propres Hot Rod Heritage Series courues sur le circuit californien de Famoso Bakersfield.

Si la musique, rock et rockabilly en tête, a suscité un vaste répertoire californien inspiré par l’ambiance, par le bruit, par la fureur des dragraces et autres hot rods, au point d’occuper des albums vinyles entiers, le cinéma fut plus timide. Quelques docus rugissants devenus tutélaires font vivre éternellement des champions du calibre de Gerry Glenn, Mike Snively, John Lombardo ou Norm Wilkox. Selon les pros, le meilleur de tous est Wheels of Fire, tourné en 1973, dominé par deux as du genre : Don « Big Daddy » Garlits et Don Prudhomme. Surnommé The Snake, Prudhomme avait pour rival avéré Tom Mac Ewen, surnommé The Mongoose -la Mangouste. En 2013, Wayne Holloway réalisait un biopic basé sur cette rivalité légendaire et sur les coulisses de sa construction. Si Prudhomme et Mac Ewen faisaient là une apparition dite cameo de rigueur, leur rôle était joué par Jesse Williams et Richard Blake. Autre biopic, autrement plus intéressant, celui consacré à Shirley Muldowney, la première femme championne NHRA : tourné en 1983 par Jonathan Kaplan avec Bonnie Bedelia et Beau Bridges, Heart Like a Wheel n’avait rien à voir avec l’album éponyme de Linda Rondstadt, sorti neuf ans auparavant. Quant à la bédé, le genre NHRA sera très peu exploré et exploité. À l’inverse du Mans, des grandes courses avec Michel Vaillant et consorts, les dragraces seront plus proches de la disgrâce. Aussi Sous le signe indien est à lire et parcourir comme un document. Publié en octobre 1983, il s’agissait du volume #14 des aventures policières du pilote auto-moto-camion Alain Chevallier, personnage tracé en 1971 par André-Paul Duchâteau et Christian Denayer. Ce dernier avait débuté en 1962 en dessinant notamment pour Jean Graton les voitures de Michel Vaillant. Sa rencontre avec Duchâteau, papa de Ric Hochet, aboutira à la création de cet Alain Chevallier, nouveau venu dans le monde de la bédé ado-adulte et qui fera ses classes dans les pages du grand quotidien belge Le Soir avant de passer au Journal de Tintin, où il sera publié de 1977 à 1985. Au fil de 17 albums, Chevallier mettra toute la gomme pour éliminer les méchants : Enfer pour un champion, Team de la mort au menu. En couverture de La Course diabolique, on recense une Opel GT 1900 et une Ligier JS 2. Sur celle de Safari pour zombis, une Datsun 240Z défonçant une pauvre Fiat 127.  Avec son dragster cabré comme un mustang ayant vu une Ami 6, Sous le signe indien se passe en Arizona où Chevallier est parti aider Rock Diamond, ancien acteur et pilote lui aussi, sans cesse menacé de mort par une secte ancestrale sortie de derrière les bûchers. Arrêtée en 1985, la série des Alain Chevallier restera sans suite. Après avoir, de nouveau avec Duchâteau, conçu la série des policiers casseurs Al & Brock située à San Francisco, Denayer en solo, inventera un nouvel héros, Wayne Shelton. Sinon, Alain Chevallier pourrait être le prototype de la bédé qui empêcherait de dormir les Verts de Poitiers, sous prétexte que « les petits garçons du XXIème doivent cesser de rêver aux voitures qui font vroom-vroom en brûlant des énergies fossiles ». Nitro, ni pas assez….

De gauche à droite

Dragster. Dinky-Toys GB. 1969. No. 370

Pendant quelques courtes années, il y eut deux dragsters au catalogue Dinky anglais : le Super Sprinter (no. 228) traité en bleu métal avec roues Speedwheels, et celui propulsé par un poussoir électrique, l’ensemble étant simplement baptisé Dragster Set. Initialement vendu en boîte-étui carton puis sous blister fumé, ce set incluait donc un boîtier en plastique et un dragster en zamac et plastique rouge/jaune au long capot recouvert d’un sticker à rayures rouges + roues Speedwheels. Labélisé et béni par la NHRA (National Hot Rod Association), ce qui lui promettait de pénétrer le marché US à la lumière du blitz, ce set rencontrera autant de succès qu’une Vespa 400 aux 24h du Mans. En 1975, en pleine folie du genre, les deux modèles avaient disparu du catalogue des Tough Die-Cast Models au profit des engins spaciaux  des séries Space :1999 (Cosmos 1999), Captain Scarlet, Joe 90 et Panthère Rose (un autre genre de dragster). Il faut dire que face à Corgi Toys et à Matchbox, Dinky avait mordu la poussière. En effet, profitant du succès de la série King-Size, Matchbox s’en donnera à cœur joie sur le mode Hot Rod, passant à la vitesse Superkings, Speed Kings et Superfast, choisissant de customiser ses moules pour entrer dans la course. Ansi de la Mercury Cougar 68 et de la Dodge Charger auxquelles s’ajoutera une kyrielle de modèles décoiffants dont l’AMC Dragster Milligan’s Mill avec sa carrosserie levable. 

Dragster “L’Ago più veloce del mondo”. Politoys. 1969. No 602

L’aiguille la plus rapide du monde. Rien que ça. Plus ouverts que les Français aux excentricités américaines, les Italiens ont vite compris que les dragsters amusaient les bambini et aussi leur papa. Rompu aux exercices de reproduction au 1/ 43ème de show-cars et dream-car américaines carrossées par les plus grands bureaux de design auto italiens (Chevrolet Corvair Bertone Tetsudo, Mustang 2+2 Pininfarina), Politoys mettra un dragster à son programme de nouveautés. Vendu dans une boîte-écrin avec socle en carton rouge, l’aiguille la plus rapide du monde était une pièce fragile avec force accessoires en plastique rouge, noir et chromé, des roues rapides et des stickers Caltex. À la fois indéfinissable et superbe, il filait droit mais peu d’exemplaires en bon état ont survécu aux courses où se mélangeaient les dragsters de Dinky-Toys, de Corgi-Toys et de Matchbox-King-Size. Grand rival de Politoys, l’Italien Mebetoys se mettra aussi à la dragmania avec un modèle qui promettait l’enfer : baptisé Tarantula, son dragster était rangé dans la série Sputafuoco (crache-le-feu) ;  doté de roues à rayons Bruciapista ( brûle-piste), il était complété d’un parachute rouge/blanc. Autre rareté si complète, le Tarantula est un must du genre.

Quatermonster Dragster. Corgi-Toys. 1970. No. 162

Entré dans la course dès 1970, Corgi bouffera tout cru ses rivaux en jouant sur deux tableaux : celui de la dragrace et celui du hot-rod bientôt popularisé mondialement par le succès du film American Graffiti. Premier lancé en rouge métal, le Dragster Commuter de la Santa Pod Raceways (no. 161) se référait au premier site de courses de dragster européennes, à Podington, en Angleterre, sur une base aérienne désaffectée. Le second qui suçait le Commuter à la roue fut ce Quatermonster vert métal et naturellement équipé de roues Whizzwheels. Un troisième dragster, le Julius Woofes 208 viendra compléter l’écurie, augmentée du Swedish Jet Dragster et d’une série de hot-rods customisés sur la base de moules existants. Celui de la Chevrolet Corvette Sting Ray 63 servira à élaborer la Sting Ray 63 Dragster Lazy Bones Stock Car sortie en 1970, et celui de la Ford Mustang sera muté en Ford Mustang Organ Grinder Dragster (1971). En 1972, Corgi lancera dans la course une Ford Anglia Wild Honey Dragster Ison Bros ainsi que la spectaculaire Ford Capri Dragster Quatermaster Glo-Worn avec sa carrosserie articulée qui se levait totalement sur un chassis-cabine élaboré. Puis la dragfever tombera en 1974, laissant le champ libre à deux acteurs du 1/64ème : Matchbox et Hot Wheels. Fondée en 1968 en Californie par Mattel, la marque Hot Wheels s’était justement engouffrée entre la valse hésitation des fabricants européens et l’indifférence affichée de la part des firmes de jouets américaines pour le phénomène Hot-Rod. Dès la première collection présentée en 1968, le ton était donné : Hot Wheels roulait US à mort avec une armada de Cougar, Camaro, Mustang, Barracuda, Corvette, T-Bird et Eldorado mises au régime custom. Succès fulminant d’autant que Mattel avait engagé pour promouvoir sa nouvelle marque rien moins que Don Prudhomme et Tom Mac Ewen !. Depuis, Hot Wheels a reproduit (depuis Hong-Kong) plus de 100.000 modèles différents dont la moitié n’est que pure fantaisie.

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