PNEUS BLANCS : TIRE AU FLANC

Signée de l’agence BETC, la nouvelle campagne de pub mondiale pour Michelin remet les pneus blancs dans l’axe d’une communication « pure », candide et smart à la fois. Rythmé par la BO des Chemical Brothers, justement intitulée Galvanize, le film enchaîne scooter, vélo, métro, avion, tuk-tuk, VTT, tracteur et autre Tesla équipés de pneus blancs, comme sortis d’un cartoon. En mettant la gomme vers un futur mobile immédiat, Michelin semble revenir aux fondamentaux, quand les premiers pneus étaient blancs.

Ou plus exactement bistres, clairs, couleur hévéa naturel. Tellement élégants qu’ils étaient vendus emballés dans du papier de soie et que pour les monter, les chauffeurs enfilaient des gants spécialement prévus à cet effet. Puis, comme les routes étaient cracra, on ajouta au latex du carbone bien noir et roule ma poule. On changera quand on crèvera. Ce qui arrivait souvent et qui obligeait ces merveilleux fous du volant dans leur drôle de voiture à effectuer de nombreux arrêt-buffet. Observant qu’il y avait autant d’intérêt à multiplier les relais pour vendre leurs pneus qu’à recommander le meilleur rata du coin aux automobilistes, les frères Michelin inventeront en 1900 le Guide rouge du même nom.

Sinon, les pneus blancs, chez Michelin, on en avait fait une mascotte : le bonhomme Michelin. Dessiné en1898 par Marius Rossillon, dit O’Galop, le Bibendum sera la première star de la réclame moderne, sa figure joviale déclinée par dizaines de produits dérivés et publicitaires : gadgets, bibelots, bonbons, figurines, jouets, en gomme, en verre, en plastique, en plâtre et même lumineux. À Londres, le Bibendum trôna des décennies durant au sommet du Michelin Building, construit en 1911 sur Fulham Road. Fermé en 1985, le bâtiment, superbe, fut racheté par Terence Conran (récemment décédé) qui y aménagera et le Bibendum Restaurant et le premier Conran Shop.

Si le pneu blanc appartient à une ère révolue -quoique-, le pneu à flanc blanc est toujours produit par les fabricants de pneumatiques, ciblant ici le marché des voitures de collection. Dans les années 1930, le pneu à flanc blanc était le pneu de l’élégance. La réclame Goodrich ne disait pas autre chose. Fondée en 1870, cette firme américaine, concurrente de Goodyear et de Firestone, fournisseur exclusif de Ford, célèbre pour avoir équipé en 1927 le Spirit of Saint-Louis, l’avion de Charles Lindbergh, avait -ouvert dès 1910 une filiale à Colombes, près de Paris. Sur le terrain hexagonal,  Goodyear est alors une sous-marque de Kléber, réel inventeur et fabricant du pneu à flanc blanc, lancé en 1935. Suivront, entre autres inventions, le premier pneu tubeless (1951) testé sur une route pleine de clous par le président Coty en personne, le V10 à carcasse radiale et ceinture textile (1960), le Boxer (1968) avec mascotte canine dédiée. En 1948, Kléber avait aussi lancé le premier pneu hiver pour camionnette. Baptisé L’Ours Blanc, ce pneu sera longtemps le préféré des livreurs laitiers. En 1954, pas de pneu, mais un guide gastronomique Kléber-Colombes (le groupe avait été formé en 1945) qui cessera de paraître en 1981, après le rachat cette même année de Kléber par Michelin. Trop de pneus dans le plat. Alors, utopique, la vision Michelin 2020 d’un monde mobile en pneus blancs ?. Pas vraiment : cela fait des années que dans les usines Skoda proches de Prague, les chariots et autres véhicules utilitaires évoluant sur site sont équipés de pneus blancs. Et que les pneus blancs Kenda filent droit à vélo. Galvanize….  

De gauche à droite

Austin A90 Atlantic. Dinky-Toys GB. 1954. No. 106

“La gelée anglaise qui se prenait pour un burger ». Le site belge Vroom.be n’y va pas par quatre chemins pour narrer le flop commercial de l’Austin A90 Atlantic présentée en 1948 au salon londonien de Earl’s Court, le premier tenu après la Seconde Guerre. Une période au cours de laquelle les Austin tiennent la corde d’un marché intérieur étique et que le gouvernement presse d’ouvrir vers les USA, histoire de ramener des picaillons en Albion. Quoi de mieux qu’un beau cabriolet 4 places au look futuriste avec phare cyclopéen?. Pour le futur, Austin Motor Co., s’est évidemment tourné vers son ingénieur et designer-star, l’Argentin Dick Burzi, transfuge de chez Lancia et débarqué en Grande-Bretagne voilà quelques années. Chez Austin, le gaillard a déjà dessiné les A40 et A70. Pour l’A90 Atlantic, son inspiration semble venir de chez Tatra, mais on le taira. Proposée en cabriolet et en coupé, l’Atlantic sera produite entre 1949 et 1952 à 7981 exemplaires. Austin misera à fond sur l’ export US mais seulement 320 Atlantic traverseront l’océan du même nom tandis que sur les 3596 exemplaires vendus à l’export, 821 fileront en Australie. Raison no.1 du bide américain ?: son moteur, trop anémique pour les appétits routiers du Nouveau Monde. Raison no. 2 : son look. Osé, hardi, mais au finish assez laid, surtout de profil avec sa capote hydraulique refermée. Un bide d’autant plus mal digéré que la nouvelle Jaguar XK 120, rivale de l’Atlantic, présentée la même année avec les mêmes ambitions et les mêmes typologies -coupé et cabriolet-, mais autrement mieux motorisée et ô combien plus élégante et racée, fera un tabac aux USA.

Aujourd’hui, il resterait 60 exemplaires de l’Austin Atlantic. Deux ont figuré dans deux épisodes de la série Miss Marple : en 2004, dans Un cadavre dans la bibliothèque et en 2013 dans Grenshaw Folly. Le 13 septembre dernier, lors de la vente de la collection André Trigano organisée par Artcurial, le marteau de Hervé Poulain, grand collectionneur de voitures d’exception, a adjugé pour 24.080 euros une Austin Atlantic Sport de 1951. Lot 210, cette Atlantic coupé était estimée entre 12 et 16.000 euros. Preuve que la « gelée anglaise » sait encore se tenir…

À Liverpool, chez Dinky-Toys, on chérissait à juste titre les cabriolets et roadsters anglais. Au début des années 1950, le catalogue faisait la part belle aux Sunbeam Alpine, Lagonda, Alvis et Frazer-Nash, vite ralliées par l’ Austin Atlantic. Une nouveauté 1954 que le fabricant britannique sera le seul à reproduire au 1/43è. Une exclusivité soignée, avec un choix de couleurs roulant du noir au bleu ciel, du vieux rose au bleu lavande, du bordeaux au rouge vif, avec intérieur tour-à-tour bleu foncé, rouge, bordeaux ou chamois, et volant blanc ou beige. Cerclant des roues colorées, des pneus noirs ou des pneus blancs. So chic.

Panhard Dyna Z. Norev. 1954. No. 4

Au sortir de la Seconde Guerre, Panhard,  tout doyen qu’il fut, dut renoncer à ses grandes berlines aérodynamiques de luxe. Exclu des plans industriels favorisant notamment Renault nationalisé de frais, la firme fut même empêchée de poursuivre sa production automobile. Manque d’acier, dira-t’on alors. Qu’à cela ne tienne : les futures Panhard seront en aluminium. Ainsi de la petite Dyna X, lancée en 1948, première auto de grande série tout alu. En 1954, changement de registre : au style baroque de la Dyna X succède celui, rond comme une savonnette et aérodynamique en diable de la nouvelle Dyna Z, signée Louis Bionier

Tout alu et à tout allure, jusqu’à 130km/h. Berline six places, suçotant 6 litres/100, légère, vaste, élégante : la Dyna Z est alors la voiture française la plus moderne du marché. Réalisée chez Chausson, les caisses sont montées chez Panhard, dans l’usine de la Porte d’Ivry, qui en produira un peu moins de 140.000 exemplaires, tous types de carrosseries confondues -berline, cabriolet, camionnette, etc…

Reconnaissable entre mille au bruit de son moteur, la Dyna Z, fut la plus sympathique des voitures de l’époque. La plus économique aussi, passé du macadam au rayon jouets à toutes les échelles, notamment chez Jep et chez Clé, en plastique. Ignorée par Dinky, ce sera CIJ qui décrochera la timbale en alu avec une berline et un taxi parisien en zamac de belle allure. En 1954, Norev est encore un fabricant débutant de miniatures au 1/43ème  en plastique: après la Simca Aronde 9, la Citroën Traction Avant 15 Six et la Ford Vedette 54, la Panhard Dyna Z est la quatrième reproduction affichée au catalogue. Elle y restera jusqu’en 1960, nonobstant quelques modifications des pare-chocs et des roues. Deux séries donc, l’une produite entre 54 et 55, l’autre à partir de 55/56. Et au milieu une version mécanique à friction, rarissime aujourd’hui. Roues bleu marine ou rouge : la Dyna Z roulera essentiellement sur pneus blancs crantés, même avec trois paires de skis fixées sur le toit. En fin de carrière, les roues seront en étoile chromé et les pneus noirs. Fin du dynachic…

Ford Galaxie Sunliner Convertible V8 1960. Lone Star, série Roadmasters. No. 1473.

Chez Ford USA, la dénomination Sunliner était attribuée depuis 1952 aux cabriolets des gammes Crestline, Fairlane et Galaxie. Il en sera ainsi jusqu’en 1964, quand la firme de Detroit en abandonnera le principe, également appliqué aux station-wagon woodies (Country Squire), aux breaks Fordor (Ranch Wagon) et aux berlines (Town Victoria). Profusion jusqu’à la confusion : les catalogues faisaient se chevaucher lignes et gammes des grandes Ford et en multipliant les millésimes. Celui de la Galaxie 1960 ne durera qu’un an mais marquait pour le cabriolet Sunliner l’abandon du toit rétractable dans le coffre. Ailerons horizontaux à la Chevrolet Impala, pneus à flancs blancs et liseré rouge : la Sunliner de 1960 en jetait avec ses six places à ciel ouvert, son 6 cylindres V8 grondant sous l’immense capot et son prix, 2680$, qui la rendait somme toute abordable, notamment en Californie. D’où sa présence dans nombre de beach movies comme Where the Boys Are où des bataillons de pépées choucroutées twistaient en bikini sur la plage avant de roucouler sur la banquette d’une couvertible au drive-in. Cinéma encore pour notre Sunliner et du lourd avec du beau monde à bord : en 1962, dans Le Doulos, de Jean-Pierre Melville, avec Jean-Paul Belmondo et Serge Reggiani -on voit l’auto au début du film ; en 1965 dans Quand passent les faisans, d’Édouard Molinaro, avec Paul Meurisse, Bernard Blier, Jean Lefebvre et Michel Serrault.  

Sur le terrain de la miniature, la Ford Sunliner trouvera un seul débouché, en Europe, reproduit par la firme anglaise Lone Star dans sa série Roadmasters. Coloris blanc ou bleu ciel, intérieur rouge, volant blanc, suspensions, roues métal, pneus noirs ou blancs crantés, selon l’humeur : le modèle réduit au 1/50ème, roulait avec une gamme d’américaines commercialisées aux USA par Tootsie Toys et parmi lesquelles on trouvait les Chevrolet Corvair et El Camino, la Dodge Dart Phoenix, la Cadillac Sedan 62 ou encore la Nash-Rambler station wagon… Sans présenter l’indice enviable de la rareté absolue, la Sunliner mérite ici sa place en vitrine.