
Brigitte Bardot, Bardot, Brigitte Bardot, Bardot chantait Dario Moreno en 1962, version française d’une samba brésilienne entonnée deux ans plus tôt en VO-Rio. Brigitte Bardot, Bardot, béjo, béjo. Au début des années 1960, BB est la plus grande star du cinéma français. Connue dans le monde entier, elle danse, elle chante et suscite des milliers d’imitations. Choucroute blonde, ballerines Repetto et jupons vichy: son look est copié par toutes les filles. Chaque pays revendique sa Bardot, pourvu qu’elle soit blonde, boudeuse et sexy. Le plus souvent vue d’avion.
La plus célèbre, à son époque, fut l’Allemande Marion Michael, lancée en 1956 par le film Liane la sauvageonne, où, partenaire du blondissime Hardy Krüger, elle fut bombardée “la première star nue du cinéma ouest-allemand”. Ça valait son pesant de wurst. Il y eut même une suite, Liane, l’esclave blanche. Deux navrants navets, mais leur succès fut immense. Ravissante, Marion Michael ne fera pas une grande carrière. Dix films et auf wiedersehen. Bardot autrichienne, Maria Perschy se fit avantageusement connaître en Allemagne et en Italie avant de filer à Hollywood pour trois films -trois flops, où elle fut plus Barbie que BB…
En France, la plupart des jeunes starlettes sexy et effrontées furent obligées de se bardotiser pour décrocher un rôle. Ainsi de France Anglade, passée du fort niais Clémentine Chérie (1964) à un remake regrettable de Caroline Chérie (1968). Ainsi de l’Anglo-frenchie Gillian Hills, fille de Denis Hills, sulfureux écrivain-journaliste et sans doute espion, qui sera condamné à mort par Idi Amin Dada. Gillian n’avait pas 15 ans quand elle rencontra Roger Vadim alors occupé à caster ses Liaisons dangereuses 1960. Outre Gérard Philipe, Jeanne Moreau, Jean-Louis Trintignant, Simone Renant, le générique du film, en or massif, comptait aussi la Danoise Annette Stroyberg, clone de BB et nouvelle épouse de Vadim, qui cherche encore celle qui doit incarner Cécile de Volanges. Ce sera Gillian Hills. Ainsi en a t’il décidé avant de se raviser pour engager Jeanne Valérie. Exit la Hills qui avait fait alors l’objet d’une campagne de presse inouïe la présentant comme une nouvelle Bardot. En rien déçue, Gillian Hills s’en ira tourner à Londres Beat Girl (L’aguicheuse) avec la jeune rock-star Adam Faith sur une BO composée par John Barry. Rentrée à Paris, elle surfera sur la vague yéyé. Produite par Eddie Barclay, elle enregistrera des 45t sur lesquels elle chantait ZouBisouBisou ou Cou-couche panier. Plus Lolita que BB, promue mascotte officielle de l’émission Salut les copains, Gillian Hills chantera en duo avec Eddie Constantine, Henri Salvador et Eddy Mitchell. Serge Gainsbourg lui fera chanter Une tasse d’anxiété et jouera son scopitone au volant d’une Sunbeam Alpine. Un Gainsbourg qui se souviendra d’elle bien des années plus tard, quand il la fera revenir au cinéma en 1976 pour un micro-rôle de strip-teaseuse dans Je t’aime moi non plus, avec Jane Birkin et Joe Dallesandro. Auparavant, elle avait joué dans trois épisodes du feuilleton Les globe-trotters avec Yves Rénier et Edward Meeks puis était fugacement réapparue dans Blow Up d’Antonioni et dans Orange Mécanique de Kubrick. Bien malins furent ceux qui l’avaient alors reconnue, sinon repérée…
Après son divorce d’avec BB, Roger Vadim qui tournait film sur film, se remaria avec Annette Stroyberg. Danoise, blonde, pulpeuse, sa ressemblance avec Bardot était troublante. Après Laisons Dangereuses 1960, Vadim la dirigera dans Et mourir de plaisir, avec Mel Ferrer et Elsa Martinelli, bobine qui n’émut pas grand monde. Réclamée en Italie, la Stroyberg qui travaillait sous le nom de Annette Vadim, tournera quelques films dont Âme noire, bobine oubliée signée Rossellini avec Vittorio Gassman. Divorcée de Vadim en 1961, redevenue Annette Stroyberg, elle collectionnera les flirts médiatiques et les mauvais films où sa presence s’enfonçait au fin fond des génériques. Arrêt sur image en 1965. Cinq mariages plus tard, on la revit lors des funérailles de Vadim à Saint-Tropez, bras-dessus-dessous avec Bardot, Jane Fonda, Catherine Schneider et Marie-Christine Barrault, toutes ex-mesdames Vadim. Ne manquait que Catherine Deneuve…
Brune et déjà vedette en Italie, Michèle Mercier n’avait rien d’une Bardot-bis. Quand il fut question de porter Angélique marquise des anges sur grand écran, le producteur Francis Cosne ne jurait que par Bardot. Elle seule pouvait incarner l’héroïne des romans d’Anne et Serge Golon traduits en quinze langues et vendus à quarante millions d’exemplaires. Si Cosne avait déjà produit avec succès certains des films de BB, celle-ci refusa tout net Angélique. Pas question de touner un film en costumes d’époque ! Catherine Deneuve ? No. Mylène Demongeot ? Nada. Sophie Daumier ? Et puis quoi encore ? On connait la suite. Teinte en blonde, Michèle Mercier connaîtra une gloire internationale. Sur l’affiche dessinée du premier des cinq Angélique tournés à un rythme d’enfer, c’est Bardot qu’on voit…Avec Angélique, Bardot n’en était pas à son premier refus. On raconte qu’elle aurait refusé Les parapluies de Cherbourg. Voire, car on sait aujourd’hui que le rôle de Geneviève, tenu par Catherine Deneuve, avait été écrit pour Sylvie Vartan qui, longtemps durant, n’en a jamais rien su. Bardot a refusé aussi L’étranger adapté de Camus en 1967 par Luchino Visconti qui engagea Anna Karina. Idem pour La Chamade d’Alain Cavalier (1968) -c’est Deneuve qui tourna. On a su que le cinéaste américain Norman Jewison avait écrit pour Bardot le rôle de Vicky Anderson pour L’affaire Thomas Crown (1968), ensuite dévolu à Faye Dunaway.
Au début des années soixante, une blague tournait en boucle dans le milieu du cinoche. À Cannes, deux producteurs se rencontrent sur la Croisette.
–Ah dis-donc, je suis sur un coup du tonnerre ! Un film avec Moreau.
-Jeanne ?
-Non Germaine, sa tante.
-J’ai aussi Bardot ! Brigitte ?
-Non, Mijanou sa sœur.
-Et puis il y a aussi Marten.
-Félix ?
-Ben ouais…
On ne rit pas. Mijanou Bardot a vraiment existé. Elle est d’ailleurs toujours vivante et elle est la vraie sœur cadette de Brigitte. Comme elle, ravissante, elle posa pour le magazine Elle et elle fit du cinéma. Penser qu’on l’engagea pour remplacer sa sœur aînée et se tromper. Joli minois, Mijanou débuta en 1956 alors que BB explosait dans Et Dieu… créa la femme. Mijanou apparaissait plus modestement au générique de Club de Femmes loin derrière Nicole Courcel et Dany Carrel mais en compagnie d’un bataillon de beautés prometteuses : Béatrice Altariba, Agnès Laurent, Marie-José Nat, Dominique Boschero et Alexandra Stewart. Quelques polars de série B plus tard, Mijanou qui s’était fait un prénom -le sien était Marie-Jeanne, tournait en vedette en Italie (Le pirate de l’épervier noir) et en France, Une balle dans le canon, et surtout, Ramuntcho, adapté par Pierre Schoendoerffer du roman de Pierre Loti. Produit par Georges de Beauregard (fut producteur de Godard), dialogué par Jean Lartéguy, tourné en 1959 au Pays Basque, Mijanou Bardot y tenait le premier rôle féminin. À ses côtés, le jeune François Guérin, l’immense Gaby Morlay et la grande Marie Glory. Ironie des castings: dans Et Dieu… créa la femme, Glory incarnait la mère des frères Tardieu -Trintignant, Christian Marquand et Georges Poujouly, que BB faisait tourner en bourrique pour dire les choses simplement. Et puis Mijanou s’en alla tourner à Hollywood. Le film s’intitulait Sex Kitten Goes to College, mais aussi Beauty and the Robot. C’était un navet sidéral au casting de bazar : Mamie Van Doren en clone de Jayne Mansfield, Tuesday Weld en clone de Lolita, Charlie Chaplin Jr. en perdition et le rocker Conway Twitty cachetonnant ses chansons. Ce fut un flop mais avec le temps, c’est devenu un cult-movie. Et puis, le présage de la blague cannoise narquoise se vérifiait : il y avait bien une Bardot à l’affiche, mais ce n’était pas la bonne. Bien avant que sa grande sœur fasse pareil, Mijanou arrêtera le cinéma très tôt. Une poignée de films et basta ! On la vit encore en 1967 dans
La Collectionneuse avec Haydée Politoff. Tourné sur le port de Saint Tropez et à Gassin, au Mas du Chastelas, ce film d’Eric Rohmer assemblait une étrange distribution. Il y avait là Denis Berry, fils du réalisateur américain John Berry, accusé de sympathies communistes et chassé de Hollywood par les zélotes maccarthystes, et bientôt marié à Jean Seberg. Il y avait aussi l’artiste plasticien Daniel Pommereulle, le scénariste Donald Cammell qui, l’année suivante, co-réalisera le film Performance avec Mick Jagger et surtout, comme acteur principal, un quasi débutant d’origine belge nommé Patrick Bauchau qui fera ensuite carrière aux USA, jouant notamment le méchant dans le 007 Dangereusement vôtre, et qu’on verra aussi dans les films de Wim Wenders, Dario Argento ou encore Roland Emmerich. Rencontre de tournage, flirt, liaison, mariage : Mijanou Bardot et Patrick Bauchau vivent depuis 1992 aux États-Unis. Encore un pied à Paris, Mijanou Bardot avait fondé en 1979 Espace Loggia, entreprise de meubles modulables et lits -mezzanines en bois, qui existe toujours.
BB ne fit pas que jouer au cinéma. Elle chanta aussi, alignant les hits. La Madrague. Nue au soleil. Une femme de paille. On déménage. C’est rigolo ! Mister Sun. L’appareil à sous. Moi je joue. Maria Ninguem.
Harley Davidson. Oh! Qu’il est vilain. Ses duos furent aussi des succès. Le soleil de ma vie avec Sacha Distel, Les p’tites femmes de Paris avec Jeanne Moreau ( BO de Viva Maria). Tu veux ou tu veux pas ? avec Zanini. Bonnie and Clyde avec Gainsbourg à qui elle interdira de sortir son Je t’aime moi non plus. Pour Initiales BB, elle n’en fit rien…Au début des années 1960, le phénomène BB battait son plein. Rien que son prénom et sa voix, déjà…Ce qui inspira à Jean Yanne le sketch du téléphone Allo Brigitte ? Yanne y composait Babylone 21-29 et en six appels demandait à parler à Brigitte, esprit boucherie Sanzot dans le cornet et exaspération du 21-29 au bout du fil. Ultime appel imitant le timbre si caractéristique de BB: Bonjour, c’est Brigitte ! y a pas de messages pour moi ? . Ce sketch figurait en face A d’un super-45t produit par Barclay sur lequel étaient aussi gravés quelques cha-cha-chas orchestrés par le Ramirez Cha Cha Band et chantés en duo par Henri Salvador et, la revoilà : Gillian Hills!. Quelques années plus tard, la chanteuse Monique Thubert, auto-proclamée imitatrice officielle de BB, sortira en 1968, toujours chez Barclay, un 45t intitule Avec les oreilles, un machin foutraque où la dame, sur fond musical chahuté pop psyché oscillant entre Les Charlots et l’orchestre du Muppet Show, chantait en imitant Bardot et reprenant ses expressions favorites. Perruque blonde et sourire goguenard, l’impayable Claude Vega, imitateur consacré de Barbara, de La Callas, de Denise Glaser et de Delphine Seyrig, offrira lui aussi au public des shows des Carpentier son imitation d’une BB sur l’air de la Madrague.
Si elle refusa obstinément de tourner à Hollywood, BB se retrouva à deux reprises embarquée dans un film américain. Pour Dear Brigitte, comédie familiale de 1965, avec James Stewart et Glynis Johns réalisée par Henry Koster, elle avait exigé, pour dix jours de tournage, la coquette somme de 200.000 $ et que son nom figure ni au générique ni à l’affiche. Effet de surprise garanti : la star n’apparaissait qu’à la fin du film, produit en sous-main par Darryl Zanuck. Pour Shalako, tourné en 1968, ce fut une autre histoire : western international où elle donnait la réplique à Sean Conney, exfiltré des bonderies 007, BB avait dit “yes” sans lire le scenario, juste pour fuir son mariage avec Gunter Sachs. Tournage espagnol à Almeria, casting disparate -Stephen Boyd (ex-Ben-Hur, future pilier de la Scientologie ; Jack Hawkins (Lawrence d’Arabie); Honor Blackman (la Pussy Galore de Goldfinger ! et au finish un bide cuisant. Un livre passionnant et jubilatoire, récemment paru, narre ce tournage épique : Almeria 68, des stars, du sable et des larmes relève ici des lectures réjouissantes…
En 1946, née à Paris, Brigitte n’avait que douze ans. À Grenoble, cette même année, Lucienne et André Faller fondaient la maison de lingerie féminine Lou. Succès fou avec réclames chantées par Luis Mariano et Annie Cordy. En 1972, BB se préparait à tourner ses deux derniers films, Don Juan 73 et L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise. À Grenoble, les Faller lançaient Karting, une nouvelle marque de prêt-à-porter en jersey dont BB sera l’égérie, le temps de deux spots télé tournés en 1976 par Gérard Pirès, alors connu pour avoir réalisé Érotissimo avec Annie Girardot et Jean Yanne, Fantasia chez les ploucs avec Lino Ventura et Mireille Darc, et Elle court, elle court la banlieue, avec Marthe Keller et Jacques Higelin -la série des Taxi, ce sera pour plus tard. Filmée de dos, silhouette impec’, cheveux longs, BB se retourne, souriante et n’a qu’un mot à dire : Karting. Première pub pour le pantalon en jersey bi-extensible pattes d’éph’; seconde pub pour la jupe du même acabit. Entre temps, BB avait arrêté le cinéma, vendu ses Rolls et adopté une 4L fourgonnette vitrée blanche pour ses déplacements canins et tropéziens. En 2008, à leur décès, les Faller lègueront une part de leur fortune à la Fondation Brigitte Bardot. Karting sera liquidé en 2016 au tribunal de Grenoble après une tentative de relance et de réédition du pantalon de BB en 2010. Sept coloris, 139 €. Moins cher que la Moke tropézienne signée. Moins culte que la réplique du Mépris. Monte dans ton Alfa, Roméo….
RENAULT FLORIDE CABRIOLET. SOLIDO. 1959. No. 109
Les Trente Glorieuses au zénith, les aspirations des Français, boostées par le boom économique, ne se satisfont plus de l’offre automobile hexagonale dominée par quatre constructeurs. Exception faite de Citroën avec sa DS cabriolet, de Simca avec son Océane et de Facel-Vega avec sa HK 500 au tarif élitiste, conduire les cheveux au vent reste un privilège ciblant une clientèle huppée. Entre les roadsters anglais, les spiders italiens qui véhiculent une image smart et fanfaronne, et les cabriolets américains dont le symbole absolu est alors la Cadillac Eldorado, la France demeure timide en la matière. C’est justement vers cette Amérique chromée et glamour que Renault se tourne pour donner corps à une idée à priori saugrenue pour la Régie nationale : celle d’un cabriolet stylé et pimpant griffé couture et lorgnant vers ce paradis quasi tropical qu’est la Floride. D’où son nom. Extrapolé de la Dauphine, ce cabriolet sera habillé en Italie par Pietro Frua chez Ghia non sans quelques entourloupes, et dévoilé au Polo de Bagatelle avant le Salon de Paris de 1958. Un an plus tard, la Floride paradait au Salon de New-York. Silhouette élégante, chic, impertinente, presque frivole, la Floride est ce que les Italiens tiennent pour une auto “sportiveggiante”. Comprendre tout le contraire : avec ses 5CV et son compteur bloqué à 125km/h, la Floride n’est pas une sportive. Pluto une starlette en talons aiguille qui sait se tenir dans ses six couleurs de robe moulante et pigeonnante.
Assemblée chez Brissonneau & Lotz et chez Chausson, la Floride est proposée en trois versions : un cabriolet à capote souple, un cabriolet avec hardtop et un coupé au pavillon profilé. Estimant que leur modèle est un petit bijou, Renault a demandé au joaillier Van Cleef & Arpels d’en dessiner la couronne-emblème. Qu’on trouve d’ailleurs blasonnant quelques Dauphine de luxe. Pour une Régie syndicalisée coco à mort, ça ne manquait pas de sel. Produite à un peu plus de 117.000 exemplaires entre 1958 et 1968, nonobstant un changement de nom survenu en 1963 -la Caravelle était un brin plus puissante, la Floride se vendra très péniblement en terre promise floridienne (un bide cuisant, oui !), la VW Karmann-Ghia, sa vraie rivale, y étant autrement plus appréciée. Vendue 950.000 anciens francs, donc moins chère que la Simca Océane, donnée pour feminine, la Floride sera offerte par la Régie aux deux plus grandes stars du jour : Grace Kelly et Brigitte Bardot -la sienne était immatriculée MD 75. Abondemment vue au cinéma, en 1966, la Floride/Caravelle marqua d’une pierre noire le tournage d’un film d’espionnage intitulé Le Saint prend l’affût. Oui, oui, le Saint de Leslie Charteris, déjà incarné à la TV anglaise par Roger Moore et sa Volvo P1800 dessinée par…Pietro Frua ! En l’occurrence, il s’agissait d’un second et inutile opus franchouillard des aventures de Simon Templar après Le Saint mène la danse avec Felix Marten, Michèle Mercier, Françoise Brion et Jean Desailly. Un navet qui avait fait enrager Charteris. Réalisé par Christian-Jaque, Le Saint prend l’affût était joué par Jean Marais, cascades incluses, sauf celle de la Caravelle lancée à tombeau ouvert sur une portion de l’autoroute A1 et dont la sortie de route provoqua le décès du fameux cascadeur Gil Delamare. Sur-navet endeuillé, le film fut un flop tandis que Charteris interdisait à tout Frenchie du cinéma de s’approcher de près ou de loin de son Saint chéri.
Dès son lancement en 1958/59, la popularité de la Floride fut telle que tous les fabricants de tutures s’appliquèrent à la reproduire et à toutes les échelles. Outre Solido, la version cabriolet décapoté entra au catalogue de l’Anglais Spot-On et de l’Allemand Gama-Mini, ce qui constitue dans les deux cas une belle exception ! Un cran plus bazar fut le cabrio usiné par Clé /Clément-Gaget et aussi ceux siglés Minialuxe, qui joua la doublette avec une version “coupé” souvent estampillée Chèque Tintin ou Delespaul. Le coupé Floride roula bien évidemment chez Dinky Toys (France), chez Norev avec variante servo-frein, chez BS /Beuzen & Sordet avec clone badgé ECF et chez Corgi Toys, pour la caution design Frua. Quant à la version hardtop/coupé, c’est CIJ-Europarc qui s’en chargea avec un hardtop amovible en plastique. À des échelles plus grandes, la Floride fit les affaires de Joustra, d’Arnold, de France-Jouets (plastique et métal), et même du Japonais Bandai. Savoir enfin que le moule Corgi servira au Portugais Metosul et que celui du cabriolet Solido sera surmoulé en gomme par le Norvégien Tomte Laerdal avant d’être recyclé dans les années 1980 par Verem.
AUSTIN MINI MOKE. DINKY TOYS GB. 1966. No. 342.
Toutes ces Jeep américaines, c’était bien joli, mais en 1958, ça commençait à chauffer les synapses des huiles de la Royal Navy. Enough is enough!. Sus aux yankees ! Place aux Engliches ! comme on disait chez Audiard. Pour cela, il y avait la Morris et sa Minor, qui était à la Perfide Albion ce que la VW était aux Allemands. Une auto populaire due au génial Alec Issigonis, future géniteur de la Mini. Pour la Navy, il fallait que cette tuture puisse être, pare-brise rabattu, empilée par trois dans les soutes des avions Blackburn Beverley avant d’être aéroportée et parachutée sur les terrains de manœuvres qui attendaient ce don du ciel. Projet louable et malin, réalisation séduisante, mais sur papier seulement, car les débuts de la Moke, terme d’argot pour baudet ou bourricot, laissèrent les képis galonnés en mode rouspéteur. Roues trop petites, garde-au-sol ridicule, deux roues motrices minables, endurance zéro: le palmarès de la Moke n’arrivait pas au sabot de la Citroën 2CV anglaise qui la précéda sur ce même terrain militaire. Histoire de sauver la face, en 1963, Morris renversa la vapeur en rendant la Moke à la vie civile, mais à destination des pays chauds, des rivages estivaux et des plaisances chics. Fallait bien agacer Fiat qui tenait le marché avec ses 600 et 500 Jolly by Ghia. Avec ses 6cv, ses 110 km/h, ses 650 kilos sur la balance dont 400 pour son seul moteur, la Mini Moke, vendue à la fois sous la marque Morris et Austin, sera boudée par les Anglais : sur les quelques 15.000 exemplaires produits, seulement un peu moins de 1500 furent vendus en Angleterre. La Moke visait d’autres horizons. L’Australie en sera un. Sous bannière Leyland, entre 1966 et 1981, la Moke y fera un tabac, écoulée à plus de 26.000 unités. Avec en fond d’écran, les tribulations industrielles et financières de la Leyland, saignée à blanc par les syndicats, par Madame Thatcher et par le cannibalisme de ses marques en portefeuille. La Moke sera envoyée en suite au Portugal en 1983. Concurrencée par la Suzuki/Santana Samouraï, elle y fut assemblée et exportée jusqu’en 1989 (près de 10.000 ex). Passé aux menées du groupe, Rover en bradera et la licence et le nom à qui voudra bien récupérer le package. En l’occurrence, le fabricant de motos italien Cagiva qui après 2000 Moke péniblement produites, jettera l’éponge en 1992, non sans avoir pu utiliser le nom de Mini, devenu entretemps propriété de BMW.
Voiture de plaisance estivale mutée en culte à roulettes, la Moke sera dès lors, copiée, recopiée, choucroutée, clonée à gogo. Entre varies fausses et fausses vraies, le marché essentiellement circonscrit aux abords des villégiatures comme Marbella, Ibiza et bien évidemment Saint-Tropez où Brigitte Bardot qui la conduisait pieds nus, la rendit aussi populaire que la Madrague. La sienne, immatriculée SX 75, était vert sapin, plutôt amortie et servait de chenil ambulant. BB et sa Moke blanche, c’était pour les photos. En 2020, Frédéric Serveul fit parler de lui avec ses Moke signées (sur le capot) Brigitte Bardot, dix exemplaires d’origine restaurés en son atelier de la Croix-Valmer, et peints en rose ou bleu vichy. Rudimentaire, bardée d’accessoires optionnels, la Moke fut à ses débuts proposée en une seule couleur : spruce green. Traduire : vert sapin. Le blanc viendra plus tard. Photogénique et sexy en diable, la Moke fit beaucoup de cinéma –Fantômas se déchaîne, Ne nous fâchons pas…, mais ce fut une série anglaise qui la hissera au rang d’icone pop. Imaginé, produit et joué en 1967 par Patrick Mac Goohan, Le Prisonnier fut diffusé en France en février 1968 sur la 2ème chaîne. Entre espionnage méta-physique et fantastique dystopique, Le Prisonnier était truffé de symboles qui deviendront des gimmicks inoxydables –Je ne suis pas un numéro ! Parmi eux, le fameux ballon blanc gardien des lieux, le blazer marine gansé de blanc, le logo du Grand Bi et la Mini Moke blanche avec son dais et ses sièges rayés.
La Moke du Prisonnier fut servie sur un plateau à Dinky Toys GB, et pour cause :
Corgi Toys et Spot-On ayant regardé ailleurs,
seul Dinky avait reproduit la Mini Moke à ses débuts militaires en trois versions dont celle des origines. Autrement dit, une Para-Moke kaki avec plate-forme et parachute d’aéroportage (no.601). Dinky suivra ensuite le mouvement commercial de Morris en déclinant la Moke en version civile vert sapin avec bâche en plastique gris (no.342). Le succès du Prisonnier sera prétexte à un produit TV dérivé devenu cultissime (no.106). D’autant que la Moke utilisée dans la série était elle-même une série très limitée Surrey Court réalisée en vingt exemplaires en 1965 par le carrossier Crayford, spécialisé dans les transformations de l’Austin Mini et de la Moke en voitures de plage de luxe. Jusqu’en 1972, Dinky GB maintiendra la Moke en catalogue avec une version sans capote, une version capotée blanc et roues rapides et aussi une fantaisie baptisée Tiny’s Moke, dérivée de The Enchanted House, dessin animé qui faisait les belles heures enfantines de la télé anglaise à l’orée des seventies. Tous les personnages étaient des animaux dont Tiny la girafe. C’est elle dont le cou et la tête percent le dais rayé blanc/jaune d’une Moke orange corail vendue dans un coffret en carton illustré (no.350). Enfin, la firme française Sitap commercialisa à la même époque une énorme Moke en plastique jaune à l’échelle 1/10 avec dais et sièges en tissu rayé blanc/bleu. Super rareté en vue…
ROLLS-ROYCE SILVER CLOUD. SOLIDO 1957. No/ 506 puis 115
Présentée en 1955, la Silver Cloud remplaçait la très datée Silver Dawn sortie en 1949 et qui fut un échec cuisant avec 760 exemplaires péniblement vendus. De fait, la Silver Cloud symbolisait la première Rolls « moderne » de l’après-guerre. Jumelée à la Bentley S, altière, majestueuse et fluide à la fois, sa silhouette longue de 5,40m. en imposait, autant que son nuancier de couleurs bitons du plus élégant effet. Promue voiture des stars, produite jusqu’en 1966 au gré de trois séries, remaniée stylistiquement avec la discrétion d’une lady bien élevée picorant les liftings, la Silver Cloud sera proposée en limousine, en cabriolet, plusieurs carrossiers dont Mulliner et Hooper, participant à ce bon aloi pesant plus de deux tonnes sur la balance. Si la série I (1955-1959) filait jusqu’à 165 km/h, la série II montera jusqu’à 183 km/h et la série III, apparue en 1963 se distinguait par ses double-phares. Vendue à près de 6800 exemplaires, la Silver Cloud cèdera le pavé à la Silver-Shadow tandis qu’intercalées entre les deux, les Phantom V et VI qui plaisaient tant aux Beatles, étaient des Silver-Cloud rallongées qui firent passer respectivement 516 et 374 clients à la caisse. La Silver Cloud est sans doute la Rolls la plus vue au cinema, et ce, encore longtemps après qu’elle ne fut plus fabriquée. Les Grande familles ou Le gentleman d’Epsom avec Gabin, Alfie le dragueur avec Michael Caine, 7 fois femme de Vittorio de Sica avec Shirley Mac Laine, Appelez-moi Mathilde avec Jacqueline Maillan, Plaza Suite avec Walter Matthau pour exemples…Autrement, dans La Rolls-Royce Jaune, film anglais à sketches avec Ingrid Bergman, Alain Delon, Jeanne Moreau, Rex Harrison, Omar Sharif, la RR en question était une Phantom II de 1931. Des Rolls, BB en posséda deux. Une Silver Cloud de 1958 carrossée par Chapron, achetée en seconde main en 1966 et revendue en 1970, date à laquelle la star rachètera à Charles Aznavour un cabriolet Silver Cloud de 1962 carrossé par Mulliner, en réalité une troisième main – son premier propriétaire était un playboy américain. Bardot se séparera de cette Rolls en 1972, époque à laquelle elle annonçait arrêter le cinéma… Deux ans auparavant, BB tournait L’ours et la poupée, sans doute la plus délicieuse de ses comédies. Dirigée par Michel Deville, elle y jouait Félicia, une mondaine frivole et divorcée de frais, tombée sous le charme d’un violoncelliste binoclard campé par Jean-Pierre Cassel -Belmondo avait refusé le rôle, et rencontré à la faveur d’un accrochage. Elle au volant d’une Rolls Silver Cloud grise, lui, d’une 2CV Azam 61 bleue pétrole. Pot de fer contre pot de terre?. Du tout : de ce froissage de tôles, la Rolls sortait plus amochée que la vieille Dedeuche. Une aile écrasée, ça frotte, du coup, pneu éclaté et bam ! dans le fossé, la Rolls. Lunettée Pierre Marly et mini-jupée Esterel rose layette, BB-poupée est à croquer face à un Cassel sarcastique en ours mal léché qui accepte de la déposer chez elle devant un coupé Corvette Sting-Ray gris argent. Et de retrouver plus tard notre adorable Brigitte sous le casque chez Alexandre, le coiffeur des stars, téléphonant à son ex-mari (Daniel Ceccaldi) pour lui dire, toute de candeur infernale, que franchement, ces Rolls, c’est une vraie camelote. Les Parisiennes de Kiraz n’auraient pas mieux dit…
À l’échelle du 1/43ème, la Rolls-Royce Silver Cloud occupera notamment les Anglais Spot-On, Lone Star, Dinky Toys GB et Budgie, le Français Quiralu (version Hooper), le Japonais Sakura, et même les Italiens Mercury et Ingap (en plastique), mais la plus belle reste celle reproduite par Solido en 1957. Initialement disponible en version démontable et unicolore, la Silver Cloud intégrera la série 100 avec peinture bicolore aux nuances subtiles, vitrage, aménagement intérieur et suspensions aussi moelleuses que celles de la vraie. Seul hic : l’absence délibérée du Spirit of Ecstasy, la mascotte ailée juchée sur le sommet de la calandre. Quelques années plus tard, Verem récupèrera le moule Solido originel pour une Silver Cloud aux couleurs inédites et arborant une mascotte démesurée ! À d’autres échelles, compter celle de Matchbox avec malle arrière ouvrante, celles en plastique made-in-Hong-Kong de Lincoln, LB Toys et CN Toys, celles en zamac au 1/24 par Polistil et par l’Espagnol Nacoral, et les modèles en tôles japonais de chez Bandai (limousine + cabriolet 4 portes) et Yonezawa.
SIMCA OCÉANE. NOREV. 1957. No. 19
Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, Théodore Pigozzi reprenait la production de ses Simca 5, 6 et 8, jumelles des Fiat 500 et 1200 d’avant-guerre bientôt rajeunie par une vraie nouveauté moderne : la Simca 9 Aronde extrapolée de la Fiat 1400. Depuis son bureau, Pigozzi voyait grand. Le rachat de Ford France lui avait ouvert la voie des grosses berlines avec les Vedette. L’Aronde qui cassera la baraque et qui sera restylée quatre fois dans les années 1950 était proposée en berline 4 portes, en break Châtelaine, en coursière tôlée Messagère et en berline-coupé 2 portes Grand Large. Pigozzi voyait grand et beau. Dès 1948, il décidait d’un cabriolet Simca 8 Sport dessiné par Pininfarina et carrossé par Facel-Metallon et dont la popularité incombera à sa reproduction au 1/43ème par Dinky-Toys. Suivra en 1951 le coupé Simca Sport, dit aussi Coupé de Ville (1953), plus élégant, plus cher, doublé l’année suivante d’une version cabriolet Week-End. En 1956, l’adoption de la Ligne Océane verra aboutir une offre inédite extrapolée de l’Aronde 1300 à calandre “moustache” : le coupé Plein Ciel et le cabriolet Océane qui seront cosmétisés en 1959 pour mieux coller au Style Grand Carrossier lancé par Pigozzi pour la nouvelle Aronde P60, l’ultime de la dynastie. Jamais avare en matière de slogans, Pigozzi a toujours destiné ses cabriolets Simca, voulus comme des petites Ford T-Bird, fabriqués chez Facel et vendus deux fois plus cher que l’Aronde berline, “aux plus belles femmes de Paris”. Lesquelles le lui rendaient bien en posant fièrement devant leur Simca cabrio, souvent attribuées en cadeau par Pigozzi en personne. Ainsi de la Simca Week-End offerte en 1954 à Brigitte Bardot qui la cèdera six ans plus tard au sculpteur César qui a dû sûrement la réduire en compression…
BB reprendra le volant d’un cabriolet Simca Océane rouge vif pour incarner Une Parisienne, délicieuse comédie de Michel Boisrond tournée en 1957. BB pilote son Océane dans Paris, direction Orly. En route, elle double, déboite, brûle les feux et fait de l’œil aux pandores qui lui passent tout. Et pour cause : elle est la fille du Président du Conseil (André Luguet) et elle est follement amoureuse de son chef de cabinet (Henri Vidal) qui, couvert de maîtresses, s’en moque royalement. Aux côtés de Charles Boyer, Nadia Gray, Noël Roquevert et Madeleine Lebeau, BB rayonne dans ce marivaudage politico-amoureux scénarisé par Jean Aurel. Qui la dirigera quelques années plus tard dans La bride sur le cou et dans Les femmes…Autrement, sur grand écran, la Simca Océane fut également conduite en 1958 par Jean Seberg dans Bonjour Tristesse (Otto Preminger), adapté du premier roman de François Sagan. On vit également des Océane dans un tas de films de série B datées 1958 à 1963, intitulés Une balle dans le canon, avec Pierre Vaneck et Mijanou Bardot, Les moutons de Panurge avec Darry Cowl, Les Femmes sont marrantes avec Micheline Presle et Sophie Daumier ou encore Ballade pour un voyou avec Laurent Terzieff et Hildegard Knef….
Les Simca Océane et Plein Ciel de 1956 furent reproduites au 1/43è par Norev (no. 19 et 18), favorisant une palette de combinaisons de couleurs chatoyantes. Privées de suspensions, vendues en boîtes carton “caisses en bois”, annonçant chaque modèle comme une Simca Aronde, l’Océane se différenciait de la Plein Ciel par son aménagement intérieur en plastique dont la couleur tranchait net avec celle la carrosserie en Rhodialite. Pare-brise panoramique rapporté, volant blanc, capote repliée, antenne fichée sur l’aile avant gauche, feux arrière rapportés, roues chromées et pneus noirs : la miniature est plus fragile que sa jumelle Plein Ciel, mais force est de constater qu’elle a traversé le temps sans dommages. En rien rare, l’Océane de Norev, une fois sa carrière française révolue, moyennant la suppression de son antenne et ses nouvelles roues en étoile, s’est retrouvée clonée de l’autre côté du Rideau de Fer, à Tbilissi, en Georgie, pour une seconde vie sous label Novoexport, vendue dans des boitages spécifiques. Plusieurs Norev de la même époque comme la Porsche Carrera 1500 ou la Dauphine connurent le même destin… Deux autres fabricants de la Plastic Valley française jouèrent aussi la doublette Océane+Plein Ciel en multipliant les échelles de reproduction et les niveaux de finition : Minialuxe et Clé (Clément-Gaget). Basée à Oyonnax, Minialuxe démoula ses Océane (et Plein Ciel) 1956 au 1/32ème avec coffre ouvrant, phares diamantés, pneus blancs et moteur à friction. Suivront les Océane au 1/43ème censées rivaliser avec les Norev. Suspensions Miniastable et phares diamantés au menu, à la ville comme en promo, notamment pour les eaux minérales Pierval. Également basée à Oyonnax, fondée en 1952, la marque Clé (Clément-Gaget) visait le bazar et la promo avec ses Océane et Plein Ciel de 1959 déclinées en trois échelles (1/32, 1/48 et 1/64) et parfois vendues en version “luxe” dans des boites-garage en plastique dur. C’est également une Océane de 1959 dite “Grand Carrossier” que Solido inscrira à son catalogue de la série 100, ralliant les cabriolets Alfa-Romeo Giulietta, Peugeot 403, Mercedes 190 SL et Renault Floride. Palette de couleurs raffinées, suspensions, intérieur soigné, figurine conductrice : l’Océane de Solido s’en ira rouler en Espagne chez Dalia, au Danemark chez Tekno avant de revenir en France, remoulée par Verem. Plus récemment, en 2019, le modèle refit un p’tit tour sous les auspices du Club Solido. Une rééditions fugace traitée en un vert céladon des plus chics…
