
Eggar. Samantha Eggar. Actrice de théâtre shakespearienne anglaise -et non canadienne comme souvent dit et lu, pluri-primée dès ses débuts sur grand écran. C’était en 1965, à Cannes. Prix d’interprétation pour son rôle dans L’obsédé (The Collector), un film de William Wyler où elle tenait tête à Terence Stamp. Lequel fut aussi couronné du même prix.
Entre autres récompenses de premier plan comme un Golden Globe, la rousse Samantha Eggar tournera ensuite dans plusieurs super-productions telles Dr.Dolittle avec Rex Harrison, Traître sur commande avec Sean Connery, Le phare du bout du monde (d’après Jules Verne) avec Yul Brynner. Un Brynner que la comédienne retrouvera en 1972 pour une série télé en treize épisodes sur CBS. Son titre ? The King and I. Anna et le roi en version française, diffusée en 1973 sur la 2ème chaîne de l’ORTF. Pour la star au crâne rasé, cet opus figure au cœur d’un palmarès unique. Yul Brynner aura en effet interprété sur scène et au cinéma plus de 4600 fois ce rôle du roi du Siam. Succès inoxydable, The King and I (Le roi et moi/Anna et le roi) remonte à 1944 avec la publication, d’après une histoire vraie, du roman de Margaret Landon, Anna and the King of Siam. Lequel, deux ans plus tard, sera porté au cinéma avec Rex Harrison et Irene Dunne. Succès, suivi dans la foulée par une comédie musicale écrite par le grand Oscar Hammerstein II et Richard Rogers et créée en 1951 par…Yul Brynner avec pour partenaire la star anglaise Gertrude Lawrence. Des années durant, Brynner jouera The King and I à New-York et à Londres.
Face à lui, les plus grandes comédiennes du genre dont Angela Lansbury, Constance Towers, Virginia MacKenna… Avec Deborah Kerr, ce sera en 1956 au cinéma dans un musical somptueux signé Walter Lang. Brynner est toujours là, fringuant et séduisant. Penser le récit démodé et se prendre les pieds dans la crinoline : en 1999, Jodie Foster s’emparait du personnage d’Anna dans un remake où le roi était campé par l’acteur chinois Chow Yun-fat. Sans oublier le film d’animation éponyme, sorti à la même époque.
En 1972, la carrière de Samantha Eggar est au pinacle. La série Le roi et moi est un véhicule de luxe, vendu dans le monde entier. Yul Brynner est une super-star. Il tourne en France Le Serpent sous la direction d’Henri Verneuil et s’apprête à incarner le cow-boy robot de Mondwest, un des films d’anticipation les plus visionnaires qui soient. À l’image de nombreuses stars américaines et anglaises comme Angie Dickinson, Julie Christie, Jane Fonda, Ann-Margret, Jean Seberg ou Marianne Faithfull venues tourner en France, Samantha Eggar donne son OK pour tenir le rôle principal d’un polar bizarre franco-US co-produit par la Columbia, et intitulé La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil. Le polar en question a été écrit et publié en 1966 par Sébastien Japrisot, aka Jean-Baptiste Rossi. Le gaillard, né à Marseille, est le couteau suisse du cinéma français. Écrivain, scénariste, réalisateur, ses romans ont été adaptés au grand écran avec succès. Ainsi de Compartiment tueurs (Costa-Gavras ; 1965), Piège pour Cendrillon (André Cayatte ; 1965) … Un long dimanche de fiançailles et Un été meurtrier, ce sera pour plus tard. Japrisot signera également les scénarii du Passager de la pluie et de La course du lièvre à travers les champs, deux films signés René Clément.
Paru chez Denoël où il inaugurait la collection Sueurs froides, La dame dans l’auto… a raflé de nombreux prix en France et en Angleterre. Best-seller confirmé, le livre est idéalement sur les rails pour un passage au cinéma. Roger Vadim est sur les rangs. Hitchcock aussi. Jane Fonda, Julie Christie et Michèle Mercier sont envisagées pour jouer Dany Lang, la secrétaire myope, protagoniste de ce road-movie au titre énigmatique. Au finish, la réalisation du film sera confiée à Anatole Litvak. Vétéran du cinéma international, né à Kiev en 1902, producteur et réalisateur, Litvak a travaillé à Berlin, Londres, Paris et Hollywood. Cosmopolite en diable, ses films, raffinés et élégants figurent parmi les plus grands classiques du 7ème Art. En quarante ans, il a dirigé Bette Davis, Errol Flynn, Tyrone Power, Joan Fontaine, Danielle Darrieux, Charles Boyer, Henry Fonda, Burt Lancaster, Vivien Leigh, Kirk Douglas, Yul Brynner, Edward G. Robinson…Installé à Paris, ses films les plus récents ont été des succès. Ainsi de Aimez-vous Brahms ? d’après Françoise Sagan, avec Ingrid Bergman (habillée Dior), Yves Montand et Anthony Perkins, du Couteau dans la plaie avec Sophia Loren et A.Perkins ou encore de La Nuit des généraux, d’après le roman de l’ami de toujours Joseph Kessel, avec Peter O’Toole, Omar Sharif, Philippe Noiret…
Surnommé Tola par ses proches, Litvak a toujours pétri ses castings d’un chic international imparable. La dame dans l’auto…n’y coupe pas. Outre Samantha Eggar, l’affiche est franco-anglaise : un Oliver Reed starifié depuis Love de Ken Russell, une Stéphane Audran entre deux Chabrol, un John McEnery tout jeunot à ne pas confondre avec son frère, Peter McEnery, également acteur et vu dans Le Mur de l’Atlantique avec Bourvil, et encore Bernard Fresson, Marcel Bozzuffi, Philippe Nicaud …. La musique est signée Michel Legrand et les chansons, entonnées par Petula Clark.
Au volant de l’immense cabriolet Mercury Marquis blanc de 1969, turbans pastel et immenses lunettes de soleil sur le nez, Samantha/Dany traverse la France. Autoroutes, nationales, villes et villages. Paris-Marseille via Moret-sur-Loing, Avignon, Ste-Maxime…Au gré de son périple, l’intrigue perd le fil. Le film aussi. Litvak, quasi 70 ans au compteur, semble avoir tourné le pied sur le frein. Les décors et les costumes sont über-seventies. À côté du paquebot blanc US, les tutures françaises sont minables. De Robert Dhéry à Jean-Pierre Melville, les belles américaines sont encore une obsession ciné-française. Gageons que la carte grise de la Mercury Marquis, immatriculée YU 75 était au nom de Litvak. La grosse caisse du producteur utilisée comme accessoire de tournage était alors un classique d’escamotage fiscal, genre faux-frais… Toujours est-il qu’il fallait bien que cette voiture ne passe pas inaperçue. Surtout dans les scènes tournées à Marseille dans ce fameux parking hélicoïdal en béton qui mérite ici un aparté.
À l’orée des années 1960, Marseille a pour maire Gaston Deferre, sans cesse réélu depuis 1959 (et jusqu’en 1983). Bretelles d’autoroutes, rocades, passerelles et jusqu’à la Corniche, l’heure et au tout-voiture. Et tant pis si le stationnement en ville est une gageure. Pour y remédier, la ville autorisera la multinationale Shell à bâtir un énorme parking de 375 places dans les coulisses du Vieux-Port, sur le site de l’ancien arsenal et des canaux bouchés en 1924. Gigantesque verrue de béton armé littéralement collée aux façades historiques du cours d’Estienne d’Orves, resté inachevé -il aurait dû être plus haut encore, ce parking aérien inauguré par Deferre en personne le 5 juillet 1965, fut très vite conspué et combattu par les Marseillais. Un comité de sauvegarde de la place piloté par l’éditrice Jeanne Laffitte montera au créneau. Dans son sillage, l’architecte-star Paul Chemetov, le cinéaste René Allio, le sculpteur César, le dramaturge Marcel Maréchal et même Edmonde Charles-Roux, Madame Deferre à la ville ! Concédé pour trente ans, ce parking aux alentours mal famés, sera enfin démoli en 1987, découpé en 26 blocs et 17 travées. Cette même année, le réalisateur marseillais Philippe Carrese y tournait le téléfilm La guerre des rocks, adapté d’un de ses polars. Aujourd’hui, il ne subsiste plus rien de cette horreur aux rampes hélicoïdales censées incarner une modernité urbaine taillée pour jouer dans un polar, sans plus. La place a été redessinée, les façades restaurées et l’honneur marseillais enfin rénové, même si les rédactions des grands journaux marseillais, ici installées, ont été bien chahutées depuis. Quant au parking, il en existe toujours un, de cinq niveaux, mais souterrains.
Anatole Litvak est décédé à Paris le 15 décembre 1974. La dame dans l’auto…fut son ultime film. Samantha Eggar a, elle, fermé ses yeux verts à la mi-octobre 2025, provoquant d’innombrables hommages sur Instagram. L’affiche américaine de The Lady in the Car… donnait à lire une accroche : The first mistake was getting into the car et à voir les double-pleins-phares (escamotables) de la Mercury Marquis. Reste à (re)voir ce psycho-thriller comme un document. Flingué par la critique américaine et française, jugé vieillot et rasoir, objet d’un remake raté signé en toute prétention par Joann Sfar, sorti en 2015, La dame dans l’auto… est adoré par Quentin Tarantino. Suffisant pour qu’on hisse l’original au rang du culte, à tous Eggar…
De gauche à droite
Marque haut-de-gamme du groupe Ford, Mercury fut fondée par Edsel Ford en 1934. Capri, Monarch, Monterey, Marauder, Cougar : jusqu’en 2011, date du tomber de rideau sur la marque, Mercury aura vendu des millions de voitures. Lancée en 1967, remplaçant la Park Lane, la Marquis sera produite jusqu’à 1986, nonobstant une kyrielle de changements de style, atteignant le chiffre enviable de 2,7 millions d’exemplaires vendus, toute carrosseries confondues, abandonnant les dimensions du full-size pour des gabarits prétendument modestes. La Grand Marquis qui lui succèdera en 1987 sera l’ultime modèle usiné par Mercury.
Rayon little voitures, les Mercury des sixties seront reproduites avec plus ou moins de bonheur. Si le coupé Cougar fut abondamment réduit à toutes les échelles chez Dinky GB, Matchbox…, la Marquis fut singulièrement boudée. Il y eut seulement des berlines en plastique de bazar d’un cheap intolérable chez le fabricant américain JVZ/JVC, des maquettes chez AMT et une curieuse Marquis Limousine de 1979 au 1/43 chez le Néerlandais Replicars BV, sorte de clone jamais avoué de la ZIL 115 soviétique de chez Saratov.
PLYMOUTH FURY CABRIOLET. 1965. DINKY TOYS GB. No. 115
On a déjà glosé ici récemment à propos de la Fury, blaze rageur donné dans les années 1950 à la version sport de la Plymouth Belvedere et qui roulera haut et fort jusqu’en 1988 et couvrant cinq générations de voitures, non sans prendre du galon en devenant Gran Fury. Fondée en 1928, fermée en 2001, Plymouth était la marque d’entrée du groupe Chrysler, rivale de Chevrolet (GM). Jusqu’au milieu des années 1950, les Plymouth roulaient benoîtement au milieu d’un parc automobile pléthorique. Et puis soudain, par effet de style, voici Plymouth entré en 1956 dans le rocket age avec des voitures démesurées, chargées de chromes dorés, d’ailerons délirants. Ainsi de la Fury, ex-version sport de la Belvedere avec un coupé sidéral vite hissé en haut-de-gamme via une gamme émancipée symbolisée en 1959 par la Sport Fury.
Cinq générations plus tard, la Fury deviendra en 1979 Gran Fury, appellation valide jusqu’en 1988. Entre temps, en 1983, le réalisateur John Carpenter avait fait de la Plymouth Fury 58 une ciné-star culte avec le film d’épouvante Christine. Après quelques saisons de démence stylistique, la Fury s’assagit. Plus sage, plus carrée : dès 1962, la voiture se fait plus raisonnable. Idem pour la série suivante, conduite par Alain Delon dans Le cercle rouge, de Jean-Pierre Melville. C’est en revanche une Fury de 1963 que conduit Aimé de Mesmaeker, l’homme d’affaires aux contrats dont on ne saura jamais la teneur, victime expiatoire de Gaston Lagaffe. Histoire de remettre les points sur les i, savoir que dans le film Duel, première réalisation cinéma de Steven Spielberg, la Plymouth conduite par Dennis Weaver est une Valiant et que la Plymouth de la série TV Rick Hunter est une Fury 1977.
Modèle nourricier de la Fury, la Belvedere eut au 1/45ème les honneurs du zamac en France chez CIJ et chez Dinky France, en version coupé. Chez Dinky GB, les Plymouth étaient en revanche monnaie courante avec le break Woody Special DeLuxe, la berline Plaza déclinée ville et taxi, la Fury des seventies Police et Taxi NYC et au détour des sixties, deux Fury des années 1962-64. L’une, sortie en 1963, no 137, proposée en version cabriolet capoté avec capsule en plastique amovible, capot ouvrant et plusieurs teintes de peintures : rose, vert mousse métal, bleu métallisé…L’autre, sortie en 1965, no. 115, proposée en version Fury Sports, cabriolet décapoté avec figurines conducteur/passagère, capot ouvrant et couleurs à minima. C’est ce modèle qui sera ensuite récupéré par l’Indien Nicky Toys (nonobstant une inversion de référence) déployé dans une gamme de couleurs chatoyantes : bleu ciel, jaune vanille, corail, bordeaux, jaune canari…Autrement, cette Fury-là fut aussi réduite au 1/24 en plastique par l’Américain Jo-Han à des fins promotionnelles. Quant au break Plymouth Sports Suburban reproduit par Corgi Toys, il relève de la gamme des Belvedere/Fury 1958…
SIMCA 1100 POLICE. DINKY-TOYS. No. 1450
Paris, 1955. La Préfecture de Police présente un nouveau véhicule de police bicolore blanc/noir basé sur la 4CV de la Régie Renault. Portières découpées, échancrées, sièges avant de…2CV, aménagements techniques : quinze exemplaires furent livrés après transformation des véhicules assurée par le carrossier Currus, connu pour avoir transformé pour la Police le fourgon H de Citroën en « panier à salade ». Société parisienne historique établie depuis 1805, Currus fut une firme florissante dont les véhicules étaient reconnaissables entre mille. Ainsi du très futuriste car touristique Cityrama développé sur base Saviem. La 4CV Pie circulera dans Paris jour et nuit. À son bord et à tour de rôle, quinze conducteurs et brigadiers. Pie, en référence au zoziau réputé voleur. Ironie du macadam, mais adoption définitive du ramage bicolore pour tous les véhicules de police en circulation et pour longtemps.
En un seul coup de sifflet, la firme CIJ mettra sa 4CV en zamac (1/43) et en tôle (1/20è) en mode pie. Suivront une Dauphine Police et une Simca 1000 Police pie, tandis que l’Estafette Renault Police sera livrée en robe bleu/blanc. Chez Dinky, on préférait les pompiers à la police. Le fourgon Citroën Currus Police fait figure d’exception rayon utilitaires. De fait, les seules voitures de police pie seront la DS19 (série 500) et plus tardivement le break Peugeot 404 (série 1400). On passe sur la Ford Taunus 17M Polizei pensée pour amadouer les clients d’outre-Rhin proto-Derrick. Quant à la Simca 1100 Police, elle relève de l’ultime baroud espagnol de Dinky. Basée sur la 1100 « civile » de 1968 (no. 1407) initialement produite par Dinky France en gris métal, la version Police pie accompagnait la version made-in-Spain de la 1100 peinte en vert métal et reproduite durant les premières années 1970. Si on a trace d’un projet de Simca 1100 Police chez Solido, rien de tel chez Norev (plastique et zamac), qui préféra policer façon pie sa DS 21 et sa Peugeot 504.
CITROEN DS 21. NOREV JET-CAR. No. 806
À la fin des années 1960, Norev est passé au métal avec les Jet-Car, dotées de roues rapides, avec peintures métallisées et quantité d’ouvrants. Jusqu’à 6 pour les berlines. Ainsi de la Peugeot 504, de la Chrysler 180, de la Renault R12 ou de la Citroën DS 21. Curieusement, les Peugeot 304, Renault R6 et Citroën Ami 8, également dotées de 6 ouvrants resteront cantonnées au seul plastique. Avec Minialuxe et Politoys (deux ratages), Norev fut alors le seul fabricant à réduire la DS 21 et ses phares directionnels au 1/43è avec un moule digne de ce nom. Plastique ou zamac, la miniature en jettait, avec sa position « arrière » à mi-hauteur et la finesse de sa gravure, même si au fil du temps, la laideur des roues et les phares moulés en plomberont l’esthétique. Le choix des couleurs donnera aussi des sueurs froides aux clients « adultes » avec un nuancier emprunté à Stabilo. Dinky ne fera pas mieux avec sa DS 23 à l’avant raboté et fabriquée en Espagne par Auto-Pilen. Autrement, le moule Norev passera ensuite chez Eligor qui améliorera sa copie. Sic transit gloria pallas…
