
Maigret est revenu. Au cinéma. Incarné par un Denis Podalydès que d’aucuns auraient qualifié de freluquet au regard de la carrure et du gabarit originels du fameux commissaire. On sait que cette figure a été inspirée à Simenon par celle de son arrière-grand-père, Guillaume Moors, homme de haute et belle stature, et que si son allure évoluera au fil du temps, son portrait-robot restera peu ou prou le même. Maigret est né sous la plume de Simenon en 1931. L’auteur avait alors 26 ans. Son personnage, 45. Ce sera son carbone 14 jusqu’à la fin de ses enquêtes, en 1972.
Rarement un personnage de fiction aura suscité une telle littérature, autant de thèses, de forums en ligne, de fouilles systématiques de ses adaptations ciné/télé. Pourtant, à l’inverse de Sherlock Holmes ou de Hercule Poirot, Maigret est un homme très ordinaire, aux goûts simples. Il boit de la bière et du vin rouge avec joli penchant pour le Saint-Pourçain ; il ne mange pas que des sandouiches, attaquant volontiers une blanquette de veau, et il fume la pipe. Fils d’un régisseur de château, cf. L’affaire Saint-Fiacre, orphelin de mère, étudiant en médecine à Paris, il est devenu policier par hasard, gravissant tous les échelons jusqu’à s’asseoir dans un fauteuil de chef de la Brigade criminelle de la police judiciaire au 36, quai des Orfèvres, fauteuil le plus souvent lâché pour filer enquêter sur le terrain afin de mettre les coupables sous les verrous. Son approche de la psychologie humaine fait qu’il ne juge personne. Plus taiseux que taciturne, ce « raccommodeur de destinée » possède un talent unique de confesseur. Jules Maigret est marié à Louise. Le couple qui a perdu un enfant en bas âge, vit au 165 (et non au 36), boulevard Richard-Lenoir, dans le Xième arrondissement, entre la rue Breguet et le boulevard Voltaire. Et non proche de Bastille comme souvent évoqué dans les épisodes télé. Mauvaise géographie à dessin pour brouiller les pistes ?
En 1951, devant le succès inouï rencontré par son Maigret, Simenon publiait Les mémoires de Maigret, souvenirs de la carrière d’un policier écrits à la première personne. Depuis 1945 (et jusqu’en 1972) Simenon publie ses Maigret aux Presses de la Cité. Auparavant, Simenon était publié chez Fayard (1929 à 1933), passant ensuite chez Flammarion (1938 à 1941), ce second cycle coïncidant pour Maigret avec sa sortie de retraite. Pas de repos pour les braves.
Maigret qui a la politique en horreur ne conduit pas. Il n’a pas son permis. En ville, il se déplace à pied ou en taxi. Ou il se fait conduire par un collègue, au volant d’une Traction-Avant 11cv ou 15/Six, d’une Peugeot 403, voire d’une DS 21 dans les ultimes Maigret époque Jean Richard entre deux sandouiches. Avant-guerre, ça roulait en Renault Primaquatre…En cela, Maigret n’est nullement le double de Simenon qui était passionné de belles autos, à la fois pilote et collectionneur, propriétaire de Mercedes-Benz, Chevrolet, Rolls-Royce. De fait, l’auteur mentionne peu de voitures au fil des 75 romans et 28 nouvelles consacrés à Maigret, même si 68 romans et 18 nouvelles se déroulent à Paris. Quelques exceptions avec la 403 rouge signalée au début de Maigret et le clochard. Ou de l’Hispano-Suiza des années trente de la comtesse de Saint-Fiacre (Valentine Tessier) dans le film Maigret et l’affaire Saint-Fiacre, tourné en 1959 avec Jean Gabin dans le pardessus Dormeuil de Maigret. Dans ce même film, Michel Auclair en fils indigne et flambeur roule lui en roadster Austin-Healey 3000, la bagnole des play-boys de l’époque.
Des voitures, il y en a plein dans les Maigret incarnés par Bruno Cremer et tournés en extérieurs à Prague ou en Belgique. À bien y regarder, ce sont des autos de collection appartenant à des clubs locaux et certaines ne cadrent pas avec la date de l’action. Ou passent et repassent à l’image en faisant croire qu’on est à Paris. C’est exotique, ça meuble, ça participe du cirque nostalgique voulu par cette co-production européenne qui donne l’impression que la Seconde Guerre n’est pas terminée, qu’il pleut tous les jours et que l’on ne boit que de la chicorée Leroux. Sans parler de la musique du générique, insidieuse, horripilante, quasi poisseuse. Néanmoins, avec ses 54 épisodes, cette série des Maigret est magistrale avec sa bousculade de stars -Aurore Clément, Heinz Bennent, Myriam Boyer, Daniel Gelin, Bernadette Lafont, Karin Viard, Jean Yanne, Michel Duchaussoy, Sunny Melles, Agnès Soral, Andrea Ferréol, ses décors aux p’tits oignons, ses intrigues bien tordues, comme si réinventées, alors qu’adaptées des romans et nouvelles de Simenon.
Bien avant Bruno Cremer, Maigret fut incarné par des dizaines de comédiens français, canadiens, anglais, américains, italiens, allemands, russes, japonais… L’universalité de Maigret est telle qu’il transcende pays, langues, frontières et culture. De son vivant, Simenon ne s’est pas gêné pour dire ce qu’il pensait des acteurs qui avaient joué Maigret. Et ce, dès 1932. Abel Tarride (acteur très, très oublié) dans Le chien jaune (1932)? : trop gros, trop jovial. Pierre Renoir (fils d’Auguste Renoir et frère de Jean Renoir) dans La nuit du carrefour (1932) ? : le meilleur. Harry Baur dans La tête d’un homme (1933)? : trop vieux. Albert Préjean dans la trilogie produite par la Continental sous l’Occupation (Picpus, Cécile est morte, Les caves du Majestic)?: trop jeune, trop léger. Michel Simon dans Brelan d’as (1952) ? : le nec plus ultra. Jean Gabin dans Maigret tend un piège (1958), L’Affaire Saint-Fiacre (1959), et Maigret voit rouge (1963) ? : respect. Jean Richard dans la série télé démarrée en 1967 ? : le plus populaire certes mais, selon Simenon, le pire avec « sa bière et ses sandouiches ». Bottant en touche, Simenon a toujours déclaré qu’« aucun acteur, quel que soit son talent, ne peut être totalement Maigret ».
Après Jean Gabin, confier le rôle de Maigret à un fantaisiste franchouillard et circassien comme Jean Richard relevait d’un défi quel seule l’ORTF était capable de tenir. Pourtant, l’adaptation en 1960 pour le petit écran de Liberty Bar dans le cadre de l’émission La caméra explore le temps, avait donné à voir le comédien Louis Arbessier sous un jour maigretien idéal. Plus comique troupier que grand tragédien, Jean Richard était un comédien passionné de cirque -il rachètera Pinder en 1972, venu de l’opérette et du cabaret et dont la filmographie se composait de petits films populaires du samedi soir ponctués de navets et parfois d’un bon film où il tenait un second rôle. Rendu célèbre par la série de films du gendarme de Champignol (irregardables aujourd’hui), il venait de camper en 1966 le commissaire Bérurier dans Sale Temps pour les mouches, adapté du San Antonio de Frédéric Dard quand Claude Barma lui offrit Maigret sur un râtelier à pipes. Jean Richard tiendra la corde vingt ans durant et 88 épisodes dont 18 en noir/blanc. Diffusée sur la 1ère chaîne de 1967 à 1972, multi-rediffusée ensuite, la série vit passer un contingent d’acteurs célèbres -Valérie Lagrange, François Maistre, Georges Marchal, Jean Négroni, et vit débuter des talents comme Gérard Depardieu, Michel Blanc, André Dussolier, Jean-Pierre Bacri…Jusqu’à épuisement des troupes. Regarder aujourd’hui un Maigret de cette époque nous rapproche dangereusement de la sieste en EHPAD façon Derrick.
Et puis, il y aussi tous ces Maigret exotiques, incarnés avec plus ou moins de bonheur et épaisseur par de solides comédiens et des acteurs chevronnés venus du théâtre et assez populaires pour crédibiliser le personnage d’un commissaire de police français sous le ciel de Londres, de Rome ou de Tokyo. Quelques-uns de ces Maigret at-large furent campés par des monstres sacrés. Ainsi de Charles Laughton et de Gino Cervi. Adapté de La tête d’un homme en 1949, L’homme de la Tour Eiffel fut co-réalisé et joué par Laughton et Burgess Meredith. Célèbre pour avoir « habité » Quasimodo dans Le bossu de Notre Dame en 1939, marié à Elsa Lanchester (la fiancée de Frankenstein), Laughton qui fut le premier acteur à incarner Hercule Poirot au théâtre en 1928, fut aussi celui qui réalisa La nuit du chasseur, avec Robert Mitchum, bobine mythique s’il en est. Mélange de Michel Simon et de Harry Baur, anglais naturalisé américain, Laughton reste malgré tout un Maigret anecdotique. Connu en France pour son rôle de Peppone, le maire communiste tenant tête à Fernandel dans l’inoxydable série des Don Camillo, Gino Cervi était une sorte d’ogre du grand écran. Immense vedette, partenaire des plus grandes actrices, à l’affiche des plus grands succès du cinéma transalpin, voix italienne de Clark Gable, Orson Welles ou encore Charles Boyer, Cervi sauta à pieds joints dans le pas de Maigret avec dix-sept épisodes tournés pour la RAI entre 1964 et 1970 dont un allongé en film pour le cinéma : Maigret à Pigalle (1966) avec Raymond Pellegrin et Lila Kedrova. En 2004, Maigret revint en Italie dans un remake télé de Maigret tend un piège avec Sergio Castellito, pas vraiment taillé pour le rôle, mais pas non plus désagréable…
Si on a pas mal glosé sur le récent Maigret anglais joué par Rowan ‘Mr.Bean’ Atkinson en 2016 et qui, après quatre épisodes, passa à la trappe, on a oublié que le Maigret joué pour la BBC par Rupert Davies pendant 53 épisodes dans les sixties et seventies fut incroyablement populaire. Juste avant lui, le comédien Basil Sydney avait tenu la pipe dans une version anglaise de Maigret et la jeune morte, téléfilm qui avait servi de pilote en 1959 à la susdite série. En 1988, un nouveau Maigret anglais tentait le come-back à la TV avec Richard Harris. Acteur irlandais et rebelle revendiqué, immortel interprète de la chanson Mac Arthur Park, star de Camelot et de Major Dundee, Harris qui connaissait alors un passage à vide ne fit pas de bis. Quand les Anglais insistent, cela donne, produit par Granada TV, un Maigret moderne 1992 incarné dans douze épisodes par le truculent Michael Gambon qui sortait tout juste d’avoir joué le célèbre privé américain Philip Marlow dans The Singing Detective, série à succès et six épisodes produite par la BBC. Insolite.
Autrement, ailleurs dans le monde, Maigret fut joué en RFA par Heinz Rühmann, gloire déclinante du cinéma allemand lancé en 1930 par la version teutonne du Chemin du Paradis et qui, en 1960 interpréta le fameux prêtre-détective anglais Father Brown imaginé par GK Chesterton. Du Maigret, il y en eut aussi joué par les Canadiens Maurice Manson et Henri Norbert, par le russe Boris Tenin, le Japonais Kinya Aikawa, les Néerlandais Kees Brusse et Jan Teulings. Quant aux Maigret américains, ils ont cumulé les exotismes. Le premier Maigret jamais vu à la télé fut en 1950 sur CBS l’Autrichien Herbert Berghof, grand comédien et professeur de théâtre, ici dans The Trap/Stan the Killer. Même roman de Simenon, même chaîne télé US pour un remake : en 1952, dans Stan the Killer, Maigret avait les traits de Romney Brent, star du cinéma anglais d’origine… mexicaine ! Né aux Pays-Bas mais installé aux USA, Luis van Rooten fut un Maigret déroutant, toujours en 1952, toujours pour la télé US dans The Old Lady of Bayeux avec la Française Nicole Stéphane, rendue célèbre pour avoir joué dans Le silence de la mer et dans Les enfants terribles (d’après Cocteau), deux films réalisés par Jean-Pierre Melville…
Quid de Madame Maigret dans tout cela ? Discrète mais très présente, même si absente à l’image. On sait quelle place elle occupe dans la vie de Jules Maigret, les cadeaux qu’elle lui fait, les plats qu’elle cuisine. Cette présence à la fois récurrente et subliminale a eu maints visages au cinéma et à la télé. En tête,
Jeanne Boitel, grande comédienne de théâtre dans Maigret tend un piège avec Jean Gabin. À la télé, elles furent trois Madame Maigret auprès de Jean Richard : Dominique Blanchar, fille de l’acteur Pierre Blanchar, Micheline Francey et surtout Annick Tanguy, Madame Jean Richard à la ville. Avant elles, dans le primo-Maigret pour le petit écran tourné en 1960 avec Louis Arbessier, Madame Maigret était jouée par Lysiane Rey, comédienne mariée à Albert Préjean, lui-même ex-« jeune » Maigret des années 40. En Italie, c’est Andreina Pagani, comédienne de théâtre qui servait la soupe à Gino Cervi. Plus tard, face à Maigret/Sergio Castellito, ce rôle incombera à la formidable Margherita Buy. Dans le Maigret britannique joué à la télé par Richard Harris, Madame Maigret était incarnée par Barbara Shelley, actrice culte des films d’épouvante de la Hammer dont quelques Dracula signés Terence Fisher. Quant à la Madame du Maigret selon Rowan Atkinson, jouée par Lucy Cohu, elle était totalement incongrue avec ses formes voluptueuses, sa coiffure de pin-up, ses robes à fleurs glamour et son maquillage de grue. Ce faux-pas a dû peser dans l’insuccès de la série. En 2022, Gérard Depardieu endossait le pardessus d’un Maigret filmé par Patrice Leconte et où Anne Loiret faisait mijoter la blanquette au 136, boulevard Richard-Lenoir…Enfin, dans Maigret et le mort amoureux, réalisé par Pascal Bonitzer et sorti sur les écrans en février 2026, c’est la trop rare Irene Jacob qui incarne Louise Maigret…
De gauche à droite
CITROEN TRACTION-AVANT 11CV LÉGÈRE AVEC MALLE. DINKY-TOYS. 1953. No. 24N
C’était la voiture des flics et des gangsters, la caisse préférée des pandores du Quai des Orfèvres et la tire des caïds sur le chemin de la malfaisance. De Maigret à Pierrot-le-Fou, ennemi public no.1 à la tête du Gang des Tractions, la « reine de la route » traversera deux décennies en noir-et-blanc, sur le pavé comme au cinéma. Définitivement tombée des chaînes de Javel en 1957 après une production de quasi 760.000 exemplaires, la Traction roulera doucement vers le collector jusqu’à se hisser au rang de mythe au début des années 1980 avec Diva, le film de Jean-Jacques Beneix où Richard Bohringer conduisait une Traction 15-Six blanche.
Basé à Montreuil, le premier fabricant de jouets français à avoir reproduit officiellement la Traction-Avant fut JRD. Fondé à l’orée des années 1930, la firme JRD était à l’origine spécialisée dans les autos miniatures en plâtre-et-farine. C’est à l’aune d’un accord noué en 1937 avec Citroën, dès lors aux mains des frères Michelin, qu’il relança la production des Jouets Citroën (précédemment assemblés par CIJ), réalisés en tôle et devenus légendaires. Passée au zamac en 1952, JRD restera fidèle au double-chevron de Javel en reproduisant à des échelles variables la Citroën 2CV AZU Fourgonnette, le Tube HY et la Traction-Avant 11 CV avec pare-chocs avant droit, proposée en différentes couleurs et en concurrence frontale avec la seconde version à malle arrière bombée de Dinky Toys, mise au catalogue en 1953 et retirée en 1958. De fait, la Traction roulait à tombeau ouvert chez Dinky depuis 1949 avec une première série distinguée par son cache roue-de-secours à l’arrière, son pare-chocs avant rapporté et agrafé et ses trois couleurs : noir, gris et bleu marine. Apparue en 1953, la seconde série est caractérisée par sa malle-coffre bombée et son pare-chocs avant moulé. Deux couleurs proposées : noir et gris clair. Entre les deux séries, sept variantes dont une lunette arrière agrandie, des couleurs de roues convexes variées -rouge, jaune, crème, gris…La Traction Dinky de 1953 révèle aussi quelques modifications du moule portant sur la calandre, les ouïes latérales du capot, la taille du pare-brise… Chaque année, jusqu’en 1957, Dinky apportera donc des changements cosmétiques. Au retrait du modèle, survenu en 1958, Dinky déclarait en avoir alors vendu plus d’un million d’exemplaires en dix ans. Chiffre considérable pour l’époque. D’autant que, déjà, la miniature était entrée en collection, fait totalement inédit et avéré.
Dans les années 1990, Dinky, associé à Matchbox, remettra une Traction made-in-China dans le circuit avec une 15-Six de belle facture. Autrement, la cote d’une Traction Dinky de 1949 couleur bleu marine peut grimper jusqu’à 2700 euros…
Outre la Traction de JRD susmentionnée, la voiture amirale de Javel fut réduite au 1/43ème par Minialuxe qui fera vivre sa 11CV avec malle arrière et coloris noir jusqu’à la fin des années 1960 au gré de coffrets suggestifs comme « Police judiciaire » ou « Allo 17 Speciale Police ». Chez Clé (Clément-Gaget), la Traction choisie fut une 15 CV de 1955 à malle arrière, moulée en plastoc au 1/48ème et au 1/32ème, là aussi avec version Police et moteur à friction. La référence au 1/48ème sera exploitée jusqu’à plus soif dans les années 1970 avec des attelages improbables et des couleurs de gitan. Quant à la Traction JRD, récupérée dans le train d’absorption mené par CIJ en 1963, elle s’éteindra en même temps que CIJ fermera ses portes en 1967. En 1985, après avoir exhumé d’une usine et fonderie en démolition de Gif-sur-Yvette une série de moules JRD miraculeusement intacts, un groupe de gaillards formera la Nouvelle Société JRD qui procèdera à un exercice de réédition des voitures JRD historiques en zamac. Outre la DS 19, la 2CV Azam 61 et le Tube HY, il y avait aussi la Traction Avant 11 CV de 1953. Rééditée, donc, mais recherchée, notamment pour ses couleurs particulières.
PEUGEOT 403. QUIRALU. 1956. No.6
Lancée en 1955, la 403 fut la première Peugeot dessinée par Pininfarina. Ce sera aussi la première Peugeot à dépasser le million d’exemplaires produits et vendus.
Sobre, spacieuse, robuste, rassurante, bourgeoise, la berline de Sochaux était une propulsion de 8CV dotée d’une énorme malle arrière et dont la trappe d’essence était planquée derrière le feu arrière gauche. Tapant les 135 km/h, la 403 n’était pas un foudre de guerre. Son toit ouvrant lui donnait des airs italiens tandis que la robe, originellement sobre, pouvait se parer de couleurs bi-tons et de chromes supplémentaires optionnels en montant en gamme. Gamme qui comprenait la berline Grand Luxe, le cabriolet Grand Luxe, la familiale, le break tôlé, le pick-up bâché et même un coupé avec hardtop adapté sur cabriolet. En 1958, Peugeot visera les USA ; l’année suivante, l’apparition du moteur diesel fera le bonheur des taxis G7 tandis que l’adoption du moteur de la 203 downgradera en 7cv la 403 qui poursuivra sa carrière jusqu’en 1966, chevauchant le lancement de la 404. Une habitude sochalienne qui perdurera jusqu’à la 504…
Niveau miniature, la 403 sera amplement reproduite et diffusée au 1/43ème. En tête, dès 1955, Dinky-Toys avec quatre variantes de couleur -bleu Natier, gris souris, jaune paille et noir (très rare, sans puis avec vitrage (no. 24B >521). En plastique, Norev, Minialuxe, Clé, BS-ECF se tailleront la part du lion avec degré de fidélité et de finition un brin hasardeux. Exceptions absolues : les 403 de chez GéGé et de chez Jep, petits bijoux de la plasturgie et de la mécanique de précision. Mécanique encore avec la 404 de chez Solido au 1/32ème, démontable et toit ouvrant ouvert. À la même échelle, la 403 de chez Minialuxe avec coffre ouvrant est une pépite du genre plastique. Et puis, il y a cette 403 de chez Quiralu, challenger de la Dinky…
Fondée en 1932 par Émile Quirin sur la base de la fonderie familiale ancestrale remontant à 1899, la firme de jouets en aluminium Quiralu, spécialisée dans les petits soldats, sujets agricoles, animaux et cyclistes du Tour de France, moula entre 1955 et 1961 une quinzaine de petites autos et camions au 1/43è en zamac, sans vitrage, sans intérieur et sans suspensions. Comparable à JRD et à CIJ, cette production de « jouets français incassables » aux couleurs et combinaisons chromatiques chatoyantes,
avait pour particularisme de reproduire des modèles singuliers ignorés par les concurrents. Ainsi du Kabinroller Messerschmitt, du cabriolet Jaguar XK140, de la Rolls Royce Silver Cloud « Hooper » ou des Simca Vedette Régence et Marly. Sortie en 1956, la « Nouvelle Peugeot 403 » ramenait Quiralu aux populaires -Vespa 400, Citroën ID19 break- mais de cette figure d’exception, le fabricant sut faire un atout avec sa robe bicolore « luxe » (bleu ciel/pavillon gris, noir/pavillon gris) et ses nombreux chromes argentés. Plus sagement, Quiralu commercialisera aussi sa 403 en livrée unie -gris, noir, vert céladon, bleu métal. Et exportera son moule en Espagne où elle sera produite en 1957 par Invicta. Rien à voir avec la marque de moto italienne ou le fabriquant de poèles français, cet Invicta-là était un fabricant de jouets fondé en 1932 par l’Allemand Enrique Keller Fritsch, établi à Zarautz, au Pays-Basque espagnol. Spécialisé dans les jouets en bois de qualité, les instruments de musique pour enfants et les trains électriques, Invicta qui était surnommé « le Märklin espagnol », fabriquait sous licence les Schuco Mirakocar avant d’initier en 1957 une éphémère production de miniatures auto au 1/43en zamac. Au total, six modèles diffusés jusqu’en 1962 et dont les moules provenaient de fabricants français comme CIJ pour la Mercedes-Benz 220 ou Quiralu pour la Peugeot 403. Ceci pour esquiver les droits de douane exorbitants appliqués alors pour les jouets importés en Espagne. Quiralu ayant baissé le rideau en 1962, moules et outillages encore en vigueur seront récupérés et amortis avec une production « fin de vie » assurée en 1963 par la firme de jouets Eria et vendue sous la marque Punch dans les Monoprix, les Prisunic et au Printemps. Ainsi de la 403 et quelques autres références. En 1990, Louis Surber, ex-Minialuxe, fondateur des miniatures LBS et propriétaire d’Eligor, récupérait le matériel Eria et procédait à une réédition de quelques Quiralu non sans en multiplier les versions. En 2015, le magazine Auto-Plus tenta de mettre ses pneus dans les traces des Éditions Atlas, rééditeur des Dinky-Toys. Partenaire de l’opération, Quiralu (comprendre Eligor) une fois encore ressuscité avec, en vente pour une poignée d’euros, une Mercedes-Benz 300 SL Gullwing, une Porsche 356A et une Peugeot…404 cabriolet. Ce qui suscita un joli tollé car, présenté comme « réédition d’une réédition », ce modèle n’exista jamais chez Quiralu. Motif avéré : Quiralu avait baissé le rideau avant que Peugeot ne sorte son nouveau cabrio. Robe rouge et pneus blancs, la pimpante miniature, même si retrouvée à l’état prototypal dans les décombres d’une boîte bazardée puis un demi-siècle, ne pouvait pas être une Quiralu d’origine. Pas plus qu’une copie du cabrio 404 de Dinky. A bien y regarder, on décèle la base du moule Norev du coupé 404 (plastique + métal Jet-Car) ensuite récupéré par Eligor. Bref, l’épisode fut vécu comme une entourloupe sur les forums dédiés. On peut donc jouer à Maigret et le mystère du moule qui n’existait pas….
CITROEN TRACTION-AVANT 15CV-SIX FAMILIALE POLICE. 1954. NOREV. No.3
Longue de 5 mètres, reconnaissable au premier coup d’œil par ses trois glaces latérales (six au total), la 15-Six familiale fut usinée par Citroën dès 1939. Puis reprise au début des années 1950 afin de composer un haut-de-gamme décent face à Ford et sa Vedette. Annoncée par son pare-chocs avant massif, sa calandre avancée et quelques chromes bien soulignés, la 15 CV familiale ou limousine, possédait un système d’ouverture à l’arrière genre grand hayon et disposait de huit places, strapontins compris. Surnommée La Reine de la Route, la 15-Six, oblitérée par la DS, tirera sa révérence en 1957.
Sa reproduction en miniature concernera peu de monde. Occupés à amortir leurs moules de la 11CV avec malle et considérant sans doute que la Familiale arrivait en fin de course, Dinky-Toys, JRD et Minialuxe regarderont ailleurs. Il n’y eut donc que Norev pour produire en 1954 une 15-Six Familiale moulée en Rhodialite déclinée en plusieurs versions : civile avec ou sans moteur à friction, Police ou Ambulance. Si l’ambulance était blanche ou rouge, la Police était bien évidemment noire, mais aussi… rouge ! Phares, calandre et pare-chocs chromés rapportés, antenne fixé sur aile arrière droite, projecteur sur aile avant gauche, chapeau rouge Police fiché sur le toit, plaques Police sur les portières, pas de glaces, pas d’intérieur, roues rouges avec pneus blancs, socle en tôle et boite carton caisse-faux-bois : relevant sans ambages des Norev de la première génération, la référence sera retirée du catalogue en 1961, les ambulances alors remplacées par la Simca Marly. Pour une nouvelle voiture de police signée Norev, il faudra patienter quelques années avant la sortie de la Renault Estafette Police électrifiée, puis celle de la nouvelle DS 21 et de la Peugeot 504 pie, voire du fourgon Peugeot J7.
Una autre Traction-Avant surgira chez Norev avec la 11 A Légère de 1936 inscrite au menu de la série Moyen-Âge lancée en 1967 avec la Citroën Rosalie. Impeccable en tous points avec ses ouvrants ajustés et ses couleurs étudiées -gris clair, noir, bleu marine… Il y aura même une version « camouflage » orange/noir versée dans le coffret Stock-Car avec , entre deux ballots de paille, une Peugeot 403, une Cox et une Simca 1000, toutes moulées dans un mélange de plastiques colorés identiques aux aménagements intérieurs des Norev des années 1960. Enfin, la 11 CV 1936 de Norev filera droit vers la collection Eligor avec ses berlines, taxis, FFI et cabriolets colorés.
Renault 4CV Police. CIJ. 1956. No. 3-49
Paris, 1955. La Préfecture de Police présente un nouveau véhicule de police bicolore blanc/noir basé sur la 4CV de la Régie Renault. Portières découpées, échancrées, sièges avant de…2CV, aménagements techniques : quinze exemplaires (il y en aura plus de 70) furent livrés après transformation des véhicules assurée par le carrossier Currus, connu pour avoir transformé pour la Police le fourgon H de Citroën en « panier à salade ». Société parisienne historique établie depuis 1805, Currus fut une firme florissante dont les véhicules étaient reconnaissables entre mille. Ainsi du très futuriste car touristique Cityrama développé sur base Saviem. La 4CV Pie circulera dans Paris jour et nuit. À son bord et à tour de rôle, quinze conducteurs et brigadiers. Pie, en référence au zoziau réputé voleur. Ironie du macadam, mais adoption définitive du ramage bicolore pour tous les véhicules de police en circulation et pour longtemps. En un seul coup de sifflet, la firme CIJ, favorisée par son partenariat exclusif avec Renault, mettra sa 4CV en zamac (1/43) et en tôle (1/20è) en mode pie, ici basée sur le modèle de la nouvelle (fausse) calandre à 3 barres, apparue en 1956. Un détail que CIJ s’était empressé de modifier tant sur le modèle au 1/43è que sur celui au 1/20ème. Profil échancré, ramage noir/blanc, antenne métal au milieu du toit, châssis riveté et non plus clippé : la 4CV police pie de CIJ restera unique sur le marché de la tuture-à-Toto, ni Gulliver ni Norev ne s’étant risqués à la chose…. CIJ diffusera sa 4CV civile et sa version pie (400.000 exemplaires vendus !) jusque dans les années 60 encore après que CIJ eut absorbé Europarc. Savoir qu’il exista deux variantes de la 4CV pie Police une avec portières échancrées, l’autre avec portières « normales ».
LA PIPE DE MAIGRET
Il ne conduit pas mais il fume. La pipe. Bruyère, etc…À Saint-Claude, la Confrérie des Maîtres Pipiers est ici incollable. Culottée, celle de Maigret époque Bruno Cremer provient d’une officine singulière enfouie sous les arcades du Palais-Royal à Paris : L’Oriental. Entrée : Galerie de Chartes. Vitrines en angle, pleines à craquer. Postée là depuis 1868, la maison, spécialisée en articles pour fumeurs, exception faite du tabac, eut pour clients des célébrités du calibre de Balzac. En 2001, après être passée de main en main, L’Oriental échut à Rakel van Kote, que rien ne prédestinait à vendre des tabatières et des briquets. Ex-reine de beauté en Israël, inventrice -son abattant de WC pliant décrocha une médaille d’or au Concours Lépine en 1984, la dame se prit de passion pour les pipes, vit passer, tous collectionneurs et/ou fumeurs, ministres, journalistes, pensionnaires du Français, acteurs connus comme Jean Reno ou Bruno Crémer, qui poussa la porte en quête de la pipe idéale pour incarner son Maigret. Idéale mais pas la seule : Maigret possède une demi-douzaine de pipes et Cremer utilisait entre autres une pipe Dunhill. En 1947, Simenon, grand fumeur devant l’Éternel et possesseur de plus de trois-cents pipes publiai une nouvelle intitulée La pipe de Maigret. Une pipe volée dans son bureau de la PJ lors d’une audition distraite. Et comme cette pipe était un cadeau d’anniversaire fait par Madame Maigret, l’impétrant n’allait pas s’en sortir comma ça. Nom d’une pipe !. Quant à L’Oriental, tenu pour le plus ancien commerce du Palais-Royal encore en activité, il a fermé voilà quelques mois, poussé dehors par le Conseil Constitutionnel sur un prétexte fumeux….
