BRAND NEW CADILLAC

Lyriq. Vistiq. Optiq. Les têtes d’œuf de la General Motors qui phosphorent pour le compte de Cadillac semblent émarger chez Dargaud pour les nouveaux albums d’Asterix, genre Le Serbe d’or. Ça nous change des codes abscons des années 2000/2020 : BLS, ATS, XTS, CT6, XLR, loin, bien loin des Cadillac Fleetwood, Calais, De Ville, Eldorado, Seville ou Escalade.

Comme ces autos furent diffusées au compte-goutte en France, on ne fit aucun effort pour retenir ces matricules en rien glamour. Changement de braquet : Cadillac revient et pas sur la pointe des pneus. Nouveaux modèles électriques superlatifs et XXL – les Lyriq, Vistiq et Optiq susnommés, nouveau showroom parisien face à l’Opéra Garnier, participation aux 24H du Mans et entrée par la grande porte en 2026 dans la F1 avec la Cadillac Formula 1 Team. Présence sur tous les fronts et avec les meilleurs : Dallara pour les châssis de hypercars V-Series-R avec victoires à Sebring à la clé ; moteurs Ferrari et pneus Pirelli pour la F1 dont les pilotes seront rien moins que le Mexicain Sergio Perez et le Finlandais Valtteri Bottas. Cadillac aura donc attendu plus de soixante-dix ans pour se remettre dans la course. En 1952 et 53, Cadillac avait carburé la monoplace Kurtis Kraft aux 500 Miles d’Indianapolis. À la même époque, le designer Harley Earl avait imaginé un dream-car absolu pour Cadillac, produit à 4 exemplaires et baptisé Le Mans. Cette voiture mythique a servi d’inspiration pour la conception de l’hypercar V-Series-R.

 Detroit, Michigan, 1902. Trois firmes automobiles occupent le terrain. Bientôt quatre avec l’implantation de Ford en 1903. Elles seront 48 en 1915 et deux ans plus tard, leur production atteindra le million d’exemplaires. Parmi ces marques pionnières, Van Dyke Motors, Saxon Motors, Rickenbacker, Liberty Motor Car, Paige Detroit Motor Car ou encore E-M-F Company. Entre faillites, rachats, fusions, sortiront de ce formidable creuset des poids-lourds comme Graham-Paige, Studebaker ou Cadillac. Fondée par Henry Martyn Leland et ainsi nommée en 1902 pour commémorer le bicentenaire de la fondation de la ville de Fort Pontchartrain du Détroit (future Detroit) au début du XVIIIème siècle par l’explorateur français Antoine de Lamothe- Cadillac ( 1658-1730), Cadillac devait à Leland ses talents d’ingénieur mis au service de la firme Oldsmobile et à quelques usines d’armement. Deux ans plus tard, Leland fusionnait Cadillac avec une autre firme sienne, la Leland Falconer. C’est cette entité que General Motors absorbera en 1909, juste un an après sa propre création en 1908, plaçant Cadillac au sommet d’une pyramide industrielle où figurent Buick et Oldsmobile, et bientôt Pontiac, Chevrolet, etc…Avec ses moteurs V8 et ses carrosseries spéciales, Cadillac se pose en marque de luxe mais roule derrière Duesenberg, Auburn, Peerless, Marmon ou Pierce-Arrow, dont le prestige, forgé par les stars du Muet hollywoodien, ne résistera pas au krach de 1929. La GM avait failli aussi être engloutie en 1918 pour cause de récession, mais son nouveau big boss, Alfred P. Sloan, avait redressé la barre d’une manière spectaculaire. La prospérité des Roaring Twenties (les Années folles) sera pour GM un tremplin inouï. Au mitan des années 1920, l’industrie automobile américaine tourne à plein régime. Une nouvelle classe moyenne supérieure émerge et réclame autre chose d’une Ford T quand une élite exige ce qu’il y a de plus prestigieux. Cadillac est alors la marque préférée des riches Américains issus de la Old Money. Ceux qui ont des budgets moindres mais qui réclament qualité et opulence auront pour eux les modèles de LaSalle, la nouvelle marque lancée par GM en 1927 et qui emprunte aux Cadillac leurs mécaniques et leurs finitions très haut-de-gamme. Slogan imparable :  » Manufactured by the Cadillac Motor Car « . Si le krach de 1929 et la Grande Dépression qui s’ensuit va précipiter de nombreux constructeurs vers la faillite et faire tanguer Ford et Chrysler, GM s’en sortira grâce à Cadillac. Les années 1930 seront fastueuses avec plus de 10.000 exemplaires produits et vendus chaque année. Limousines, landaulets, coupés, coupés décapotables, cabriolets : l’offre est large et les ventes s’envolent : 62.000 exemplaires vendus en 1947 alors que la Seconde Guerre a imposé à GM un break de quatre années ; 100.000 unités en 1950. Entre temps, le style Cadillac a été propulsé vers les étoiles avec ses ailerons déments, ses dérives aéronautiques, ses pare-brise en cockpit, ses calandres agressives.

Leader des voitures de luxe américaines devant Lincoln ( Ford) et Imperial (Chrysler), Cadillac doit son design au génial Harley Earl qui va forger en 1958 un apogée stylistique éblouissant confinant au paroxysme. Devenue une marque célèbre dans le monde entier, Cadillac se mue en générique : en Europe, les belles américaines, autos forcément de luxe, sont toutes des Cadillac. C’est à cette époque, en pleines fifties triomphantes, que les Cadillac vont accéder au rang de mythe national made-in-USA et de symbole de la pop-culture naissante au cinéma, en chansons, en musique et en art contemporain.

Tout a commencé en 1948 avec le chanteur de rythm’n blues Jimmy Liggins et son morceau, Cadillac Boogie. Accompagné de son groupe, Drops of Joy, ancien lutteur pro, guitariste et parolier doué, Liggins connut alors une petite gloire sur disques avant de changer de route après un accident, blessé au visage par un tir de pistolet. Au début des années 1950, ce fut la starlette Dagmar qui mettra Cadillac en ligne de mire, à son corps défendant. En clair : blonde plantureuse aux tétés en obus et aux décolletés ravageurs, Dagmar qui était une star de la TV fit la une du magazine Life en 1951. Fausse « dumb blonde » aux talents comiques avérés, ses apparitions, précédées de son tour de poitrine phénoménal, prototypant celui de Jayne Mansfield, Dagmar, de son vrai nom Virginia Ruth Egno Lewis, inspira les stylistes de Cadillac pour les fameux butoirs de calandre en forme d’obus, surnommés « Dagmars » et signature stylistique des Cadillac des années 1950, coup de chaud que n’aurait pas renié Tex Avery.

En 1953, un jeune groupe de R&B new-yorkais se signalait par son nom, The Cadillacs, qui jusqu’en 1960, alignera les hits comme Sugar Sugar ou Speedo. En 1956, après avoir fait les beaux jours de Broadway deux ans durant à l’affiche, la pièce de théâtre The Solid Gold Cadillac était portée à l’écran par Richard Quine avec Paul Douglas et Judy Holliday. Comédie ancrée dans les milieux capitalistes corrompus connectés à Washington, l’intrigue donnait le beau rôle à une petite porteuse de dix actions ( !) qui va faire valdinguer un sale projet de banqueroute frauduleuse de la firme International Projects. Exploité en France sous le titre Une Cadillac en or massif, tourné en noir/blanc, le film qui fut un gros succès s’achevait sur une séquence couleurs en Technicolor afin que l’or de la dite-Cadillac, prix de vertu financière pour la dite-dame aux dix actions, brille de mille feux sur grand écran. Ah ! oui, la Cadillac en question était un cabriolet Eldorado Biarritz de 56 avec ses Dagmars…C’est ce même modèle que conduit d’ailleurs Jean Gabin dans Le cave se rebiffe…

En 1959, c’est un rocker anglais qui marquera au fer rouge l’exo-légende Cadillac. Surnommé en France l’Archange noir du rock, Vince Taylor fut celui qui créa Brand New Cadillac, morceau repris à gogo depuis par The Renegades en 1964  jusqu’à The Clash en 1979 sur l’album London Calling. D’Elvis Presley, gros amateur de Cadillac roses à Ariana Grande (Cadillac Song – 2014), le monde de la musique US regorge de cadillacqueries en tous genres, rock, pop, country, rap, funky…Johnny Cash, Nitty Gritty Dirt Band, Chuck Berry, Kiss, Dwight Yoakum, The Stray Cats, Natalie Cole, Bruce Springsteen pour composer une playlist thématique gavée de Pink Cadillac, Black Cadillac, Long White Cadillac, Cadillac Ranch et autres Cadillac Dreams. Avec un gros faible pour deux morceaux « solid gold » : Freeway of Love d’Aretha Franklin, extrait de l’album Who’s Zoomin’ Who ? produit par le génial Michael Narada Walden en 1985 avec Clarence Clemmons au saxo. Relancée par le succès phénoménal des Blues Brothers, Aretha sillonnait son autoroute de l’amour à bord d’une Pink Cadillac. Résultat : No1 aux USA, un Grammy Award, etc…

L’autre pépite est anglaise et charie les allusions sexuelles du samedi soir. Son titre ?  Heaven is in the Back Seat of My Cadillac, hit 76 du groupe de soul music & glam-funk Hot Chocolate mené par le chanteur Errol Brown et célèbre pour son mega-tube You Sexy Thing. Produit par Mickie Most qui avait lancé The Animals, Donovan, Lulu, Suzi Quatro et Jeff Beck, Hot Chocolate surfait sur la vague de la Pimpmania, provoqué par le succès des films de la Blaxploitation comme Shaft, Superfly, Willy Dynamite, Black Caesar, The Mack et autres bobines culte. Dans ces films violents tournés entre 1971 et 1978, l’histoire tournait autour des pimps de Harlem, ces proxos flamboyants vivant comme des pachas, fringués de blanc et de fourrures, ployant sous les bijoux en or et portant coupe afro. Avec pour casting les seuls acteurs noirs, qui deviendront des stars comme Richard Roundtree, Ron O’Neal, Fred Williamson, Max Julian, Richard Pryor, accompagnés de BO ciselées signées Isaac Hayes ou Curtis Mayfield, ces films véhiculaient des trouvailles réjouissantes comme les Pimpmobiles, caisses full-size customisées sur le mode super-bling sur base Cadillac. Ainsi de la Pimpmobile de Willy Dynamite (1973), sur base Eldorado 72. Le phénomène fut assez massif pour contaminer en 1973 l’univers de James Bond : dans Live and Let Die (Vivre et laisser mourir), Mr.Big le méchant, incarné par l’acteur afro-américain Yaphet Kotto, possédait une Pimpmobile blanche baptisée Corvorado, hybride de Cadillac Eldorado et de Chevrolet Corvette customisé par Les Dunham, créateur de l’incroyable Pimpmobile (une Eldorado 71) de Ron O’Neal dans Superfly. Curieux de constater ici que Live and Let Die est inscrit sur la liste des films de la Blacxploitation. La présence de Kotto sans doute. Celle d’une Pimpmobile itou. Ou encore le projet de confier le rôle féminin principal à …Diana Ross….

Toujours au cinéma, Cadillac est présent, visible à l’écran depuis…1932, dans Three Wise Girls avec Jean Harlow. On y voyait une V6 Fleetwood Town Car et une V6 Fleetwood Limousine. Ensuite, pas une scène de funérailles sans son corbillard Cadillac et son cortège de limousines aile-de-corbeau. Pas un biopic de chanteur de rock ou de country -Elvis, Buddy Holly, Johnny Cash, Jerry-Lee Lewis, Ray Charles sans ses Cadillac blanches, roses, jaune banane. Pas un épisode de Ghostbusters sans son ambulance Miller-Meteor de 1959. Pas un road-movie déglingué sans sa vieille Cadillac vrombissante en fin de vie. Précision : dans Thelma et Louise, la caisse n’est pas un cabriolet Cadillac mais une Ford T-Bird de 66. Autrement, la ciné-mythologie cadillackiste passe par les titres de films comme Pink Cadillac avec Clint Eastwood (1989), Coupé de Ville avec Patrick Dempsey (1990), qui mérite la revoyure,  Cadillac Girls avec Mia Kirschner (1993), un nanar canadien, ou Black Cadillac avec Randy Quaid (2003), à éviter. Le meilleur du genre ? Cadillac Man (1990), avec Robin Williams en vendeur de Cad’s d’occase dans le Queens.

Quand George Lucas filma en 1972 American Graffiti, la BO du film embarquait, gravés sur un double album vinyle, une quarantaine de tubes yéyé-twist & rock’n roll devenus inoubliables. Un groupe ne figurait pas sur les galettes noires bien qu’apparaissant dans le film avec la chanson Louie Louie : Flash Cadillac and the Continental Kids. Et pour cause. Il s’agissait d’un combo post-rétro, un peu comme les Forbans en France, crée de toutes pièces pour se produire dans le film et qu’on verra aussi dans la série Happy Days. Flash Cadillac enregistrera six albums jusqu’en 1994 avant de partir à la casse. Vingt ans auparavant, Cadillac entrait dans la sphère de l’art contemporain avec l’installation de land-art d’Amarillo, au Texas. Initié en 1974 non loin de la Route 66 par le groupe d’architectes Ant Farm, le projet consistait à aligner dix Cadillac plantées en oblique le nez dans le désert comme autant d’autruches saisies de panique. Dix épaves de Cadillac de 1949 à 1963, espacées de cinq mètres, ailerons pointés vers le ciel et alors encore peintes d’origine en bleu ciel, jaune, or et turquoise. Au fil du temps, taguées, graffitées, vandalisées, ces dix art-caddies furent repeintes puis livrées à diverses actions manifestes -Rainbow LGBT, Black Lives Matter. Outre les nombreux films, pubs et clips ici tournés, celui de The River de Bruce Springsteen est également un manifeste.

Cadillac a également joué une partition mode & people avec quelques exercices uniques ou en série limitée. Ainsi du coupé Jacqueline signé Pininfarina en 1961 en hommage à Jackie Kennedy, racheté bien plus tard par Alain-Dominique Perrin, PDG de Cartier. En 1979, Gucci griffait une Cadillac Seville, produite en série limitée. Deux ans plus tard, Pierre Cardin signait, via sa firme Pierre Cardin Automotive, sur base Eldorado, une Cadillac Cardin Evolution 1 d’un luxe inouï et devenue un collector traqué par les amateurs. Mode et luxe ou quand Cadillac prêtait le flanc à la parodie. En 1977, Mel Brooks réalisait High Anxiety (Le grand frisson), pastiche des films de Hitchcock dont Vertigo. Son héroïne, campée par l’irrésistible Madeline Kahn, était habillée d’un tailleur-combinaison marron imprimé façon LV/Louis Vuitton assortie à sa Cadillac Seville. À bien regarder le film, l’imprimé ressemble au fameux Monogram Vuitton, mais c’est un leurre visuel.

En France, Cadillac aura inspiré quelques épisodes cinématographiques devenus légendaires comme celui du Corniaud avec sa Cadillac De Ville cabriolet 1964 « passée » d’Italie à la France par un Bourvil naïf pour le compte du fourbe De Funès. Drogue, or, bijoux volés : le butin est planqué dans les ailes, la batterie, les pare-chocs jusqu’au diamant Youkounkoun planqué dans le compartiment klaxon au centre du volant. En 1975, dans Rabbi Jacob, c’est à bord d’une immense Cadillac Fleetwood 75 noire de 1966 couverte de tulle et de roses blanches que Germaine Pivert, jouée par l’éruptive Suzy Delair, emmène sa fille (Miou-Miou) à son mariage. Elle fonce rue de Rivoli et pénètre à fond la caisse dans la cour de Saint-Louis des Invalides sur les chapeaux de roue, provoquant une belle panique. Les freins ayant lâché, elle emboutira la DS 21 de Pivert/De Funès. Vladimir Cosma a composé un thème exprès : Cadillac en folie (1mn), présent sur l’album de la BO du film.

Et si on parlait de Rita Cadillac ? Un pseudo rutilant pour une danseuse et stripteaseuse roulée comme un pneu à flanc blanc et pour qui, l’expression « mâtin, quel châssis ! » aurait pu/dû être inventée. Engagée en 1951 par Alain Bernardin pour son Crazy Horse inauguré de frais, meneuse de revue aux Folies-Bergère, Rita Cadillac enflamma Paris. Célèbre pour sa carrosserie, elle savait aussi chanter en duo avec Tino Rossi et Darry Cowl au music-hall, jusqu’à se produire sur scène dans le sulfureux show érotique Oh !Calcutta. La Cadillac a aussi fait du cinéma. Des petits rôles dans de bons films comme Mélodie en sous-sol, des grands rôles dans des navets de série B à Z. En 1956, elle avait prêté ses fesses nues pour doubler Suzy Delair (encore elle !) dans la scène de la raclée au lavoir dans le film Gervaise, tiré de Zola. Rita Cadillac est décédée en 1995. Elle avait 58 ans et s’était rangée des voitures depuis un bail….

De gauche à droite

CADILLAC ELDORADO 1967. DINKY-TOYS GB. 1969. No.175

En 1967, la présentation du nouveau coupé Cadillac Eldorado fit l’effet d’une bombe. Première traction-avant de la marque, conçue et dessinée pour tailler des croupières au coupé Oldsmobile Toronado et à la Buick Riviera, autres tutures bestiales des sixties US, son design dû à Bill Mitchell rompait avec tous les codes usuels. À commencer par ses lignes pures et tendues, son déhanché glamour, ses phares escamotables à la verticale, comme sur la Chevrolet Camaro…Ses dimensions hors-normes -5,60ml de long- en feront son atout : la nouvelle Eldorado casse la baraque et se vend allègrement malgré un prix décoiffant : 6277$ , soit mille de plus qu’un Coupé de Ville.  Sous le capot, son V8 de 7l. et 340 ch permet d’écraser le champignon jusqu’à 195 km/h. Relevant de la 8ème génération des Eldorado, versée dans la gamme Fleetwood, sa carrière étalée de 1967 à 1970, ce qui est exceptionnellement long pour une caisse US, verra ses ventes culminer à plus de 93.000 exemplaires. Hélas, son style sera alourdi jusqu’à l’absurde dès 1970. Et tendra le flanc à la customisation les plus délirantes avec la mode des Pimpmobiles des seventies à la sauce Superfly et Shaft.

Rayon tutures-à-Toto, le coupé Eldorado de 1967 fera la joie des Dinky-o-philes avec la mise en reproduction en 1969 d’un modèle spectaculaire, inscrit dans une ultime salve d’américaines au 1/42ème. Soit la Pontiac Parisienne, la Mercury Cougar et la Corvette Sting-Ray. Robe violet métal pavillon noir mat ou turquoise pavillon blanc, roues rayons zamac brut Speedwheels, quatre ouvrants : l’Eldorado restera au catalogue jusqu’en 1972. Rares seront ses concurrentes à ce niveau-là : seul Gamda-Koor Sabra /Crasgtan reproduisit une Eldorado 67 coupé, avec portes ouvrantes et finitions bâclées. Sinon, il y eut une impeccable Eldorado bicolore bleu/blanc au 1/66ème chez l’Anglais Husky.

CADILLAC SERIES 62 V8. 1961. DINKY-TOYS GB. 1962. No.147

Au début des sixties, les Américaines sont furieusement à la mode auprès des fabricants de petites voitures européens. Chez Dinky comme chez Corgi, l’actualité est alors foisonnante. Un seul hic : l’échelle. Pas question d’usiner du 1/43ème. Économies d’échelle avant tout : moules, boites, conditionnement et mimines du petit-garçon. Donc, la plupart des Américaines reproduites par Dinky en Angleterre, le furent réduites au 1/45 voire 1/48èmes. Comme pour narguer Liverpool, depuis son usine de Bobigny, Dinky France, appliquera la règle intangible du 1/43ème pour sa Ford T-Bird cabrio de 1959, sa Chrysler Saratoga, sa DeSoto Diplomat, sa Chevrolet Corvair et plus tard, ses Ford Galaxie 500 et T-Bird 69. Et ce, en oubliant pieusement avoir fait le jeu de Liverpool quelques années auparavant avec la Plymouth Belvedere, la Buick Roadmaster, la Chrysler New-Yorker, la Studebaker Commander et la Lincoln Premiere…

Entre 1960 et 1963, volet US, Dinky-GB reproduisit donc au 1/45ème la Rambler Cross Country, la Chevrolet El Camino, la Ford Fairlane et la Cadillac Series 62 V8 de 1962. Force est de constater que l’ensemble est raté. Le moule est approximatif, les formes écrasées et cette couleur vert métal genre crapaud glitter guère seyante pour une limousine de ce rang. Aucun ouvrant, des roues riquiquis, des essieux trop courts : rien ne va. Penser que les autres firent mieux et se mettre l’aileron pointu dans l’œil : au Japon, Cherryca Phoenix, pourtant tip-top en la matière, joua à un préquel de Maman j’ai rétreci le moule. En Italie, Politoys, en pleine veine US avec la Pontiac Parisienne et l’Oldsmobile Cutlass, démoula au 1/42ème et en plastique une généreuse mais fragile Series 62 avec phares diamantés et portes avant ouvrantes, l’ensemble s’avérant approximatif. Prudent, Corgi opta pour une Series 62 carrossée en ambulance Superior bicolore rouge/crème ou bleu métal/blanc avec lumières actionnées par piles. Un best-seller vendu entre 1962 et 1968.  À cette même période, Dinky-GB vendait aussi à gogo son ambulance Superior Criterion basée sur Pontiac. En 1971, ce modèle sera remplacé par une nouvelle ambulance Cadillac (basée sur une De Ville 1968) restée au catalogue jusqu’en 1979 (no. 288). Sinon, la Cadillac ratée de 1962 fut déclinée en deux versions de « Maman j’ai amorti les moules ! » : Police US et Police montée du Canada (no. 258).

CADILLAC SERIES 62 V8 1960. LONE STAR ROADMASTERS. 1962. No. 1472

La fin des années 1950 marquera chez Cadillac l’apogée du jet-style avec ailerons arrière démesurés, débauche de chromes rutilants et luxe des matériaux confinant au kistch spatial. La voiture-symbole de cette ère reste à jamais la Cadillac Series 62 V8 toutes versions confondues. Ses dimensions, son gabarit rendent sa reproduction au 1/43ème et échelles avoisinantes quasiment impossible. Il faudra attendre les années 1990 et la série des Dinky-Matchbox made-in-China pour que ce monstre consente à rouler droit, composé de deux modules assemblés pour ne faire qu’un et coiffée d’un hard-top en plastique ivoire. Peinte en rose malabar ou rouge rubis métal, la Cadillac Coupé de Ville 1959 mérite sa vitrine. Évidemment, à côté d’elle, celle de Lone Star fait petit-bras. Réduite au 1/50ème, elle fut usinée au début des sixties par la firme anglaise Lone Star pour sa série Roadmasters commercialisée aux USA par Tootsie Toy. De fait, exception faite d’une Daimler Conquest et d’une DS 19, la gamme est essentiellement composée d’américaines : Ford Sunliner cabrio, Chevrolet Corvair et El Camino, Dodge Dart Phoenix, Nash-Rambler Station Wagon, Ford T-Bird 56 et Cadillac 62 Sedan V8. Robe bleue unie ou bicolore avec toit crème, vitrage, sans intérieur, pneus blancs ou noirs, et différents boîtages au gré du temps : l’identité du modèle restera intouché jusqu’à ce que les Roadmasters achèvent leur course en 1966.  Lone Star était une marque du groupe DCMT (Die Cast Machine Tools) lui-même fondé en 1934. Son nom était lié à la mode des jouets issus des westerns hollywoodiens et en particulier de Lone Star, film tourné en 1952 avec Clark Gable et Ava Gardner. Pistolets, figurines, petits soldats…et petites voitures au menu avec la série Roadmaster qui évoluera en 1966 avec la nouvelle marque Impy Super Cars, superbes miniatures autos et camions au 1/66ème d’une qualité supérieure, lancée pour concurrencer Matchbox et Husky (futur Corgi Juniors).  

CADILLAC ELDORADO 1953. DINKY-TOYS GB. 1956. No.131

Chez Dinky GB, les voitures américaines ont constitué dès avant-guerre un noyau dur composé de nombreuses particules. En tête, la Chrysler Airflow, la Packard Super 8, la Buick Viceroy, la Chrysler Royal ou la Lincoln Zephyr (série 39) que Dinky rééditera après-guerre et dont Dinky-Meccano assura aussi la commercialisation en France. Après la Ford Fordson et la Hudson Commodore en 1949 et 1950, Dinky GB va mettre les bouchées doubles. Plymouth, Nash, Studebaker, DeSoto, Dodge : toutes les marques US sont de la revue, habillées de couleurs vives et de combinaisons flashy assorties, très Miami. Deux cabriolets, sortis simultanément en 1955/56 se réclament de cette insouciance chromatique qui fait rêver les têtes blondes anglaises : la Packard Carribean (no.132) et la Cadillac Eldorado de 1955 (no.131). Pare-brise panoramique plastique-cristal, volant à gauche, figurine chauffeur, robe rose layette/intérieur gris ou jaune poussin/sièges rouges : la miniature qui sera commercialisée jusqu’en 1963 est à l’échelle 1/48. Aparté : sa référence, #131, sera récupérée en 1968 par la nouvelle Jaguar Type E 2+2. Dans la vraie vie des vraies voitures, cette Eldorado de 1956 est directement inspirée de la fameuse dream-car de 1950 dessinée par Harley Earl. Sa proue chargée de chromes darde ses fameux obus surnommés Dagmar (voir texte plus haut) et ses ailerons encore timides au regard de ceux des années 58/59, sont reconnaissables de loin. À cette époque, Cadillac a dépassé les 100.000 voitures vendues par an et le cabriolet Eldorado est devenu un status-symbol absolu, notamment dans le monde du cinéma.

Tous ailerons déployés, les Cadillac Eldorado, Fleetwood, Series 62 Special firent les délices des fabricants de jouets. Les modèles les plus réussis sont ici la Sixty Special de Matchbox au 1/77, robe amarante et pavillon rose poudré, le cabriolet Eldorado 56 de l’Italien Mercury, petit bijou du genre (repris par Scottoy) en robe noire, céladon, rouge, bleue ou jaune d’or. À l’autre extrémité du curseur ludique, on a une Eldorado en caoutchouc chez Aurora et une autre en zamac moche chez Manoil, deux marques américaines de bazar…

CADILLAC SERIES 62 1947-48 . SOLIDO. 1953. No. 408.

Après la Seconde Guerre mondiale, Solido reprend ses activités avec la production des Junior, ligne mécanique montable/démontable d’automobiles à transformation lancée en 1939 avec quatre autos et un camion. Deux nouveaux modèles -un coupé Chevrolet et une berline Packard, s’ajoutent au catalogue de 1945. L’année suivante, ce sera un autocar de voyage et une Tatra désignée comme « berline de compétition. Entre 1949 et 1952, Solido étoffera son offre avec plusieurs nouveautés -Studebaker, Oldsmobile, Chevrolet, Ferrari, Alfa-Romeo et Delayahe. Chaque référence est proposée dans une ample gamme de couleurs et avec ou sans moteur. Par exemple, la Studebaker Champion est baptisée « Bretagne » (sans moteur) ou « Ardennes » (avec moteur) tandis que sa nomenclature officielle la classe en « coupé grand tourisme ». L’exercice suivant 1953-1954 verra plusieurs changements techniques et la suppression du nom de ville pour les modèles à moteur puisque les modèles montés sont livrés sans moteur.

 Les nouveautés sont la Nash Limousine « Nancy », la Packard cabriolet « Royan », la Ford Vedette « Valence », la Ford Comète « Alençon », la Renault Frégate « Beaulieu » (!!!) et la Cadillac limousine « Vichy ». Une première pour Solido et pour les fabricants français en général. Réduite à l’échelle 1/40, peinte en vert foncé, bordeaux, rose métal, bleu foncé, vert clair et noir, la miniature est bardée de chromés moulés peints argent. Privée de vitrage mais avec deux banquettes rouges pour intérieur, roulant sur gros pneus blancs ronds, cette Cadillac fait partie de l’avant dernière série des Junior dont la production s’achèvera en 1957 avec le lancement de la nouvelle Série 100 au 1/43ème. Le modèle choisi par Solido est une limousine Sixty Two de la 3ème génération. Un modèle que seuls les Américains Tootsie Toy et Hubley reproduiront à la même époque au 1/43ème, laissant l’Italien Mercury s’occuper de deux jolies variants, l’une au 1/48ème, l’autre au 1/66ème. Une fois les Junior remisées au magasin de souvenirs, Solido calmera son tropisme américain avec la Série 100. Outre les deux T-Bird de 1958 et de 1962, la Mustang 2+2, l’Oldsmobile Toronado ou encore les Chaparral de course, le paysage US passera sous les radars. Et Cadillac encore plus. Il faudra la série Âge d’Or pour en voir réapparaître une : l’Imperial landaulet 452 A de 1931. Dessiné par Harley Earl, produit par Cadillac jusqu’en 1939, ce modèle qui connut entre dix et seize typologies de carrosseries fut la première Cadillac à moteur V16. Solido en a livré une miniature moins riche que les références Âge d’or précédentes -Duesenberg J et L, Bugatti Royale, Hispano-Suiza, Voisin…nonobstant un choix de coloris variés. La déclinaison en van tôlé arborant des pubs et promos incongrues n’arrangera pas les choses. Parti chez Verem, le moule sera décliné en corbillards noirs et blancs/or. Age d’Or encore : à la fin des années 1980, Solido multiplie les collections -Hi-Fi, ToDay, Racing, Nostalgia…Avec plus de cinquante références, la collection Age d’Or couvre quarante années de production depuis les années 1930 à 1960. Bref, ça part dans tous les sens. Un peu d’ordre que diable !. Chose faite en 1991 : Âge d’Or reste dévolu aux années 1920 et 1930 tandis que Sixties englobera les années 1950 et 1960.

En 1992, la série Yesterday (à ne pas confondre avec Yesteryears de Matchbox), viendra allonger la sauce Sixties vers les Seventies… Le lancement de la série Sixties (ou 4500) se fera en fanfare avec pour modèle inaugural le cabriolet Cadillac Eldorado Biarritz 1957, décliné en deux versions : décapoté et rose bonbon, capoté et blanc. Avec la Ford T-Bird ’61, la Chevrolet Styline ‘50, la Buick Super ‘50, la Chrysler Windsor ‘46, la Studebaker Silver Hawk 57 et la Tucker (1948), Solido semble avoir recouvré son penchant pour les belles américaines d’après-guerre. Sauf qu’avec des caisses des années 40 et 50, baptiser la série Sixties était alors incongru. Solido se rattrapera dix ans plus tard… Quant à la Cadillac Eldorado Biarritz (no.4500), elle sera doublée d’une Eldorado Seville 57 (ref. 4520). Dommage que les finitions en dépit d’un capot ouvrant, soient un brin bâclées comparée aux autres américaines de la même série….