GAI LURON ET PETITES VOITURES

Né un 2 avril 1952, Thierry Le Luron aurait eu 74 ans. Décédé le 13 novembre 1986 à l’âge de 34 ans, lui qui mesurait 1,65m, avait mis le Tout-Paris à ses pieds. Quinze années de gloire, de fortune, de succès et d’imitations ravageuses. Giscard, Marchais, Mitterrand, Raymond Barre, Chaban-Delmas et les autres dans le pif. Et aussi Dalida autant brocardée qu’Alice Sapritch, Denise Fabre ou Line Renaud qui l’adoraient. Avec son physique juvénile de gendre idéal, bien coiffé, la raie sur le côté, tiré à quatre épingles, propre sur lui, plus profilé pour émarger au RPR qu’à la Fête de l’Huma, le gaillard avait été révélé en 1970 au Jeu de la Chance, fameux télé-crochet à l’antenne depuis 1965 et qui avait, entre autres, lancé Mireille Mathieu.

Âgé de 17 ans, Le Luron avait fait péter l’applaudimètre en entonnant un air du Barbier de Séville. Ses premiers succès, il les devra à Fernand Raynaud, son pygmalion. Oubliée l’opérette : ses talents d’imitateur emportent tout. Humoriste de droite, auto-proclamé « imitateur inimitable », Thierry Le Luron sera le premier du genre à faire l’Olympia en 1976. Une consécration qui va le propulser au sommet et y rester dix ans. On l’aimait ou on le détestait ce Dorian Gray du show-biz, avec ses smokings et son nœud papillon blanc.

À 24 ans, l’humoriste vivait dans 400m2, boulevard Saint-Germain. Tables réservées chaque jour chez Lipp ou au Flore. Il en déménagera pour un appartement palatial avenue Montaigne décoré par Jean-Michel Wilmotte et que son grand copain Jacques Chazot comparera, vachard, à un salon de coiffure. Pas faux. Sur scène, Le Luron enchaine Bobino, l’Olympia, Marigny. Ses disques se vendent comme des petits pains. Enregistrés en 1977, Le débat du siècle, avec Pierre Douglas, et Causerie au coin du feu avec Pierre Desproges furent deux triomphes du vinyle 45t. Le Luron est sur tous les fronts : les radios se l’arrachent.

Toujours en 1977, il rejoint Jacques Martin et Jean Yanne aux Grosses Têtes que Philippe Bouvard vient de lancer sur RTL. L’artiste est au pinacle. Yves Le Coq est encore loin, tout comme Jean Roucas, et la scène comique française carbure entre Raymond Devos et Guy Bedos. Fernand Raynaud est mort (1973). Robert Lamoureux est passé à la réalisation de films avec La 7ème Compagnie. Les Charlots aussi font des films, hélas. Figures aimées des Français, Jean Amadou et Jacques Mailhot se produisent au cabaret. Don Camilo pour l’un (à gauche), le Théâtre des Deux Ânes pour l’autre (à droite). La télé accueille à bras ouverts Pierre Doris, Henri Tisot, imitateur officiel de de Gaulle, Anne-Marie Carrière et toute la bande de l’Académie des 9. Produit par Paul Lederman, le nouveau duo formé par Olivier Lejeune et Patrick Green s’est lancé en 1974.

Les femmes aussi tentent une percée. Marianne Sergent. Zouc. Sylvie Joly. Les 3 Jeanne. L’humour n’a plus de sexe, d’autant que ces dames en parlent cru. Si cru que la Sergent se verra interdite de télé. Heureusement, il y a le café-théâtre. Là où a débuté un certain Michel Colucci, dit Coluche, avec sa salopette à rayures. Le 25 septembre 1985, Thierry Le Luron, ci devant Adolphe Benito Glandu, concierge au 23 rue de Bièvre (le domicile de François Mitterrand), épousait Coluche, alias Papy Moujot. Une farce absolue qui enchanta le public et les médias. Un an plus tard, Le Luron se cachait pour mourir au Crillon. Cancer métastasique +VIH. Coluche le suivra dans la tombe six mois plus tard. Accident de moto fatal.

Si jeune et dandy, Le Luron semblera avoir vécu à rebours de son époque, soignant un look taxé de droite. Blazer marine, pantalon gris, cravate club, poignets mousquetaires, boutons de manchettes : l’homme s’habille à ses débuts chez Jean-Raymond, le tailleur du boulevard Bonne-Nouvelle que Claude François lui a fait découvrir. Très vite, il dirigera ses Weston vers l’officine des tailleurs chics comme Cifonelli, Arnys, Camps de Luca et Charvet -pour les chemises. Au poignet, l’heure est donnée par une Tank de Cartier, une Zenith ou une Rolex. Eau sauvage de Dior au litre et Rolls Silver Shadow au volant. “Je sais ce que les gens disent… Ce petit bonhomme en Rolls, c’est pour en jeter. Mais je peux vous dire, j’ai une Rolls parce qu’une voiture peut être un plaisir… Alors moi qui passe ma vie sur les routes, autant que ce soit dans un endroit qui me plaise. Je peux me l’offrir avec de l’argent que je n’ai pas gagné au noir, dont on ne m’a pas fait cadeau, dont je n’ai pas hérité, que j’ai gagné de force en travaillant comme un fou depuis l’âge de 17 ans et dont je donne 72,1 % au fisc…”. Rolls, mais aussi Mercedes et Jaguar. N’allait pas se farcir 35 000 km par an de tournées et galas assis dans une Simca 1100 ou une R12, non ?

C’est moins connu, mais Le Luron fut aussi un collectionneur de Dinky Toys, gardées depuis sa tendre enfance. Il conservait d’ailleurs jalousement son certificat de collectionneur attribué par le Dinky Toys Club pour 1960-61. Plusieurs reportages furent réalisés par Paris Match pour montrer la star retombée en enfance devant sa collection. L’un d’eux fut shooté par le photographe Benjamin Auger, ex-mari de la chanteuse-actrice Dani.

Et de voir Le Luron, en blazer, col de chemise pelle-à-tarte, cravate format bavoir, debout, tenant trois petites autos dans ses mains. Il pose debout devant un tiroir de commode ancienne grand ouvert et plein de tutures. Loupe en main, on y distingue quelques Dinky françaises et anglaises (Chevrolet El Camino, Plymouth Plaza taxi, le camion pompiers Delahaye, Cunningham, Simca Chambord, Lamborghini Marzal…) beaucoup de Solido démontables d’avant et après-guerre dont le car Chausson, quelques CIJ, quelques Corgi, beaucoup de Tootsietoy américaines, des caravanes, des camions… Une autre photo, prise en 1978 dans son salon lambrissé du boulevard Saint-Germain le montre en bras de chemise tenant dans ses bras une énorme Peugeot en tôle d’avant-guerre, sans doute une Charles Rossignol. On ne sait ce qu’il advint de cette collection après son décès. Certains se souviennent que Le Luron fréquentait assidument les Puces de Saint-Ouen et en particulier, au Marché Vernaison, le stand de Gilles Scherpereel, aujourd’hui à la retraite. On voyait aussi beaucoup Le Luron à Drouot faire main basse sur des lots entiers. Un collectionneur éclairé, proche du dossier, confesse que l’imitateur, collectionneur mais pas connaisseur, se faisait fourguer des fonds de tiroir. Sic transit gloria Dinky….

ROLLS-ROYCE SILVER SHADOW COUPÉ. 1968. MEBETOYS. No A-26

Dessinée par John Polwhele Blatchey, directeur du style chez Rolls-Royce pendant un quart de siècle -la Silver Cloud et les Phantom IV et V, c’était lui, la Silver Shadow

fut la plus moderne et la plus vendue de toutes les Rolls. Succédant à la Silver Cloud, elle fut la première Rolls à monocoque autoportante, la première Rolls avec quatre roues indépendantes et freins à disques, la première Rolls à ligne ponton,

et la première Rolls vendue « à tarif raisonnable ». Toutes proportions gardées. Souhaitant rompre avec le conservatisme chéri de ses modèles précédents, Rolls-Royce voulait une voiture disruptive, moins statutaire.

Dix ans de conception pour une mise sur le marché en 1965, un an après que Mercedes-Benz est venu couper ses plates-bandes avec la limousine Pullman 600. Moteur V8 6,2 l., tapant les 200 km/h, glougloutant 20 litres aux cent, la Silver Shadow se vendra à 31.000 exemplaires dans le monde entier. Révolutionnaire ? assurément si l’on estime que son propriétaire était passé de la banquette arrière au siège conducteur. Sign of the times : il ne se vendra qu’une Silver Shadow sur cinq avec séparé/chauffeur, plus longue de 10 cm. Design équilibré, palette de couleurs étendue, intérieurs super-luxe : la Silver Shadow arbore évidemment la sacro-sainte calandre RR surmontée de son Spirit of Ecstasy. Idem pour la seconde série, à peine retouchée, avec moteur 6,7l., commercialisée de 1977 à 1980 avec l’extrapolation d’un modèle baptisé Silver Wraith II, plus longue, plus lourde, avec pavillon gaîné faux cuir et tarifée aux étoiles : 335.000 francs en 1977, soit 110.000 francs de plus que la Mercedes-Benz 450 SEL. C’est également sur la base d’une Silver Shadow II que fut élaboré le fameux break tôlé commandé par la maison de champagne Krug, basée à Épernay.

La Silver Shadow fut aussi la Rolls la plus pop, la plus rock. Au cinéma comme dans la vie réelle. Keith Moon des Who jeta la sienne dans une piscine d’un hôtel Holiday Inn du Michigan. Très plouc mais il s’agit d’une légende urbaine. Son camarade des Who, John Entwistle possédait en revanche une Silver Shadow I  Estate Car, un break de chasse unique, carrossé par Coway. Freddy Mercury ne conduisait pas : c’est son chauffeur qui tiendra le volant de 1979 à 1991. En revanche, hélas, c’est au volant de sa Silver Shadow I cabriolet que Fernand Raynaud trouvera la mort en 1973. Au cinéma, la Silver Shadow apparait dans une multitude de films comme L’Affaire Thomas Crown où Steve Mac Queen roule en coupé 2 portes de 1967 ou comme The Cannonball Run (1981) avec Jamie Farr en Sheik déchaîné face à Burt Reynolds et Dean Martin. La version cabrio dite Corniche à l’export US fut tout aussi « populaire » auprès des stars du calibre d’Elton John, Michael Caine, Tom Jones, Frank Sinatra ou Zsa-Zsa Gabor. Cette dernière possédait une Corniche blanche intérieur cuir bleu roi de 1979. Arrêtée par la police à Beverly Hills en juin 1989 pour une bête infraction, elle ne trouva rien de mieux que gifler le flic impudent. Zsa-Zsa passa par la case-prison, fit un scandale et revendit aux enchères la dite-Rolls immatriculée ZZG, juste trois jours avant son procès. La star en voulait 125.000$ mais les enchères ne dépassèrent pas 20.000$.

Splendeur et misère des courtisanes hollywoodiennes…

Il y eut aussi la Silver Shadow engagée dans le Paris-Dakar 1981 par le pilote Thierry de Moncorgé nonobstant un sacré travail : la carrosserie en fibre de verre avait été surmoulée sur une vraie SS, le châssis était celui d’un Land Cruiser Toyota, le moteur V8 celui d’une Chevrolet Corvette, le tout baptisé « Jules » car sponsorisé par Dior Parfums. La « Rolls des sables » fâcha tout rouge Rolls-Royce qui écrivit à Moncorgé un courrier lapidaire du genre « touche pas au grisbi ». Anyway, cette Silver Shadow fut mise à l’encan en décembre 2024 par la maison d’enchères Aguttes. Estimation : entre 400 et 800.000 €. Adjugée 600.000€.

En 1966, la Silver Shadow fut déclinée en coupé 2 portes, carrossé par Mulliner Park Ward et à la ligne subtilement effilée. Sur la base de ce coupé sera décliné le cabriolet, bientôt baptisé Corniche (1971). Ces trois carrosseries feront également la série II des Silver Shadow (1977-1980). Il en fut de même avec la jumelle de la Silver Shadow, la Bentley T1 et T2 Series. Seules leur calandre les différenciait. De fait, la Bentley T de la série 1 se vendit 9 fois moins que la Silver Shadow I. Entre 1977 et 1980, ce fut une Bentley T2 pour 19 Silver Shadow II. Aujourd’hui, à l’issue d’un feuilleton financier et industriel déroulé entre 1995 et 2003, Bentley est produit par Volkswagen, Rolls, sous licence, par BMW. La Silver Shadow appartient à l’histoire. Et la Bentley T, autrement plus rare, est devenue un collector recherché.

Rayon miniatures, la Silver Shadow 4 portes fut évidemment reproduite en 1967 par Dinky-GB (ref. 158) dont le catalogue alors un véritable garage à Rolls avec la Phantom V (1962-1968 ; ref. 198), l’autre Phantom V limousine avec passagers (1965-1975 ; ref. 152 >124) et la Silver Cloud III coupé « Chinese Eyes » (1964-1971 ; ref.127). Proposée en rouge métal ou bleu métal, disposant de six ouvrants, la Silver Shadow connut paradoxalement une courte carrière chez Dinky : seulement cinq années avant de sortir de production en 1972. Chez son rival Corgi Toys, il fallut patienter jusqu’en 1970 pour mettre la main sur une Silver Shadow coupé Mulliner Park Ward bicolore avec roues Golden-Jacks (ref. 273) illico suivie de sa jumelle, la Bentley T Series coupé avec roues rapides Whizzwheels. Curieusement, c’est chez le Français Norev que la Silver Shadow 4 portes passa le Channel en 1969 avec une reproduction aux little onions avec capot et coffre ouvrants et volant à droite mais hélas sans son Spirit of Ecstasy juché au-dessus de la calandre. Très réussi, le moule passera ensuite chez Eligor. Il faudra ensuite filer au Japon chez Diapet Yonezawa pour toucher une Silver Shadow II, un brin trop grosse et pataude. En Italie où les Rolls avaient déjà occupé Mercury et Ingap, on trouvait une Silver Shadow I cabriolet Corniche chez Politoys et une Silver Shadow I coupé chez Mebetoys. Quatre ouvrants, peintures métallisées, chromes rapportés : la miniature ne tenait pas la comparaison avec la Corgi, plus richement équipée, mais sa qualité tenait la route. Plus tard, le moule sera expédié derrière le Rideau de Fer où plusieurs fabricants soviétiques la reproduiront en zamac (pauvre) et en plastique avec des combinaisons de couleurs pop hallucinantes : robe rose fluo, intérieur jaune citron ou robe violette intérieur bleu cobalt.

JAGUAR XJ 12. 1980. SOLIDO. No.96

Lancée en 1970 pour succéder à la fois à la Mk 10, à la 420S et à la S-Type, la berline XJ6 arborait une silhouette musclée et racée, en ligne directe esthétique avec ses aînées et rapidement jumelée avec une Daimler Double Six. Maintes fois cosmétisée et modernisée sans perdre une once de son pedigree, montée en puissance, la première XJ6 fut étonnamment boudée par les fabricants de miniatures. Seul Husky, futur Corgi Juniors, la réduira au 1/77. Il faudra attendre la version XJ12, avec calandre rétrécie et pare-chocs avant rehaussé pour que Solido s’y colle avec brio. Réduite au 1/43è, traitée dans des coloris sobres, dotée de portières avant ouvrantes, elle sera rejointe par deux japonaises notables : l’une proposée par KK Sakura au 1/43è, l’autre par Tomica Dandy au 1/48è. Considérer ici la XJ 12 au 1/43è reproduite en kit déjà monté par AMR (André-Marie Ruf) et produite en 1976 à 1200 exemplaires, ce qui en fait un collector absolu.

Dérive de la berline, il y eut aussi un coupé XJ qui fera les affaires de Corgi Toys au 1/36è, en élégante livrée bicolore. Ce même coupé, gonflé à bloc en 1976 par un V12 glougloutant 5,3l.et surnommé Big Cat, sera reproduit par Dinky GB au 1/35è, robe blanche, stickers rouges. Dinky utilisera ce même modèle peint en bleu métal pour le coffret Steed’s Jag Coupé, référé à la nouvelle série TV The New Avengers (Chapeau Melon et Bottes de Cuir), avec Patrick Mc Nee, délaissant sa fameuse Bentley vintage pour cette Jag tonitruante, couplée dans un coffret dédié, à la Triumph TR7 jaune de Purdey (Joanna Lumley).  Plus exotique mais à échelle identique : le coupé XJ de Lucky Toys made-in-Hong Kong pour une version Police en plastique avec moteur à friction.

CITROEN DS PRÉSIDENTIELLE « CHAPRON » DINKY-TOYS. 1968. No. 1437

Carrossier illustre autant sollicité par le gotha automobile -Delage, Delahaye, Hotchkiss, Salmson, Rolls-Royce, que par les constructeurs généralistes comme Simca, Henri Chapron (1886-1978) fut celui qui initia le développement industriel de la DS cabriolet en proposant, en 1958, la DS Croisette. Deux ans plus tard Citroën présentait au grand public une DS 19 cabriolet du plus bel effet. Chapron n’était pas un inconnu Quai de Javel. Sur la base d’une Citroën 15/6 H, il avait carrossé un cabriolet de parade pour le président René Coty. Sur base DS, Chapron poursuivra une production au compte-goutte de modèles exclusifs comme les cabrios Caddy et Palm Beach, les coupés Concorde et Le Dandy ou encore les berlines Lorraine et Majesty. Élu président de la République, Charles de Gaulle qui ne jurait que par la DS dont il goûtait le confort et l’image, fit remiser les voitures présidentielles des années 1950. Tout à son farouche anti-américanisme qui lui fera rejeter l’usage de la Facel-Vega Excellence motorisée par un V8 yankee, il finira par émettre l’ordre d’une nouvelle voiture officielle 300% française et tant qu’on y était, plus longue que la Lincoln du président US, na ! Diktat absolu : que le pavillon soit haut, Mon Général mesurant 1,96m. Ils seront trois à plancher sur le projet trois années durant : outre Chapron, il y avait là Robert Opron et Henri Dargent. Un exercice à six mains parti d’une base DS 21 mais mal calé au calendrier. Nous sommes en 1968 et De Gaulle quittera l’Élysée en avril 1969. Livrée en grandes pompes, la DS Présidentielle déployait tous les superlatifs. Longueur : 6,53 m. Largeur : 2,13 m. Hauteur : 1,60m. Poids : 2260 kilos, soit celui de deux DS 21. Immatriculée 1 PR 75, la voiture déroutait par son design. Elle n’est pas moche, elle n’a pas un physique facile comme dirait l’autre. Certes, le logo au double chevron est plaqué or, la robe biton gris voulue par Madame de Gaulle est fort seyante, mais de Gaulle, qui adore converser avec son chauffeur abhorre la vitre de séparation conduite/habitacle.

La super-DS de Chapron ne sera utilisée qu’une seule fois par de Gaulle lors de la visite de Richard Nixon, en février 1969, juste pour faire la nique à Washington sur l’air de « la mienne est plus longue que la tienne ». Arrivé au pouvoir en juin 1969, Georges Pompidou qui adorait les voitures et en particulier sa Porsche 911, bouda la DS chapronienne qui fut vendue derechef par l’Élysée à un collectionneur privé tandis que Pompidou passait commande en 1971 à Citroën et à Chapron qui œuvrera à nouveau avec Opron, d’une SM Présidentielle décapotable, pardon, d’un landaulet découvrable, autrement plus moderne, que ce vieux char découvrable de Talbot Lago T26 carrossée par Saoutchik pour Vincent Auriol en 1950 et encore en service au palais !. Mixant habilement la SM Mylord (un cabrio) et la SM Opéra (une limousine vendue à 4 exemplaires à Franco) qu’il avait précédemment réalisées, Chapron livrera deux SM présidentielles à l’Élysée en 1972 (immatriculations : 2 PR 75 et 3 PR 75) tandis que Citroën présentait une facture salée à l’intendance. La visite officielle de la reine Elizabeth II fut ensuite l’occasion d’étrenner en 1972 le nouveau char de l’État long de 5,60m. Apparat et prestige : de tous les présidents qui se succèderont, Jacques Chirac fut celui qui affectionnait le plus la SM présidentielle. Et aucun d’eux ne s’offusquera que son moteur fût un Maserati…Savoir que Fernand Raynaud possédait une SM, volée trois jours avant son accident fatal, survenu en 1973 au volant d’une Rolls Silver Shadow, qu’il n’aimait pas conduire….

Initiée en 1967 avec le taxi G7 Peugeot 404, la série 1400 des Dinky-Toys françaises aligna rapidement quelques réussites indiscutables comme la Ford Galaxie 500, la Matra M530, le cabriolet Peugeot 504, le coupé T-Bird 1968 et, pour apothéose, la DS Présidentielle, miniature superlative et zénith de la production Meccano française s’il en fut, mais qui marqua hélas la fin de Dinky-France. Vendue dans un coffret de prestige, la miniature qui était énorme pour la mimine d’un petit garçon, possédait un éclairage intérieur à pile actionné par l’ouverture des portes arrière. Rien n’y manquait : ni la livrée bicolore choisie par Tante Yvonne, ni le fanion de la Présidence de la République, ni la cocarde sur le capot, ni la plaque d’immatriculation : 1 PR 75. Le lancement de cette Dinky se doubla d’une version Élyséenne rarissime : en effet, en 1971, Dinky livrait à la Présidence une série de DS Chapron destinée à l’Arbre de Noël de l’Élysée. Secret d’état : les chiffres de production de la DS Présidentielle restent tus. Pas comme sa cote en collection : 250 à 500 euros pour la version « normale » en boite ; plus de 2000 pour la version Noel Elysée 71… La réédition récente par Atlas plafonne à 70 euros max et a donné cours à pas de mal de tripatouillages scélérats sur e-Bay. Celle par Dan Toys itou.

Une autre Citroën Présidentielle, la SM Chapron cabriolet découvert gris métal, fut réduite au 1/43ème par Norev en 1976 en plastique Plastigam et en métal Jet-Car, avec ou sans figurine, et aussi avec coffrets de parade et motards à la clé. Norev qui a récemment reproduit cette DS Présidentielle et au 1/43ème et au 1/18ème, simplement somptueuse…. Voilà quelques années, en vue de préparer sa candidature à l’élection présidentielle, François Fillon avait ouvert sa permanence rue des Grands Augustins, à Paris, VIème arrondissement, juste en face de la Galerie du Jouet Ancien, adresse bien connue des collectionneurs de little voitures où son propriétaire, Michel Nikolai, se souvient encore en riant de cette anecdote : désireux de soigner ses éventuels futurs votes, Fillon faisait la tournée des popotes, serrait les mains. Entré chez lui, il découvrit avec ravissement, exposée en vitrine, la DS présidentielle Dinky. Un collector. (Ef)fusion-acquisition : le candidat putatif s’en ira, sa Dinky sous le bras. Il y avait vu un présage.  On connait la suite. Il aurait dû aussi acheter la Rolls rose de Lady Penelope…Thierry Le Luron aurait adoré.